A l’Assemblée nationale, François-Xavier Fauvelle célèbre la longue histoire de l’Afrique

L’historien et archéologue a donné, jeudi 14 novembre 2019, une conférence devant des membres de la diaspora africaine.


Parler d’Afrique. Des colonisations. De l’esclavage. Réaffirmer à quel point ce coin du monde a été « à plusieurs reprises » le berceau de l’humanité. Ecraser les poncifs sur le continent depuis une salle de l’Assemblée nationale portant le nom de Colbert, l’auteur du Code noir au XVIIe siècle, prend un autre sens. Ce petit clin d’œil a bien fait sourire le professeur François-Xavier Fauvelle – comme les convives – qui ne s’est pas gêné de rappeler ce qu’avaient été les traites négrières.

Jeudi 14 novembre, le nouvel élu au Collège de France s’est attaché à rappeler, pendant une heure, la longue histoire de l’Afrique devant quelque cent cinquante invités issus pour beaucoup de sa diaspora. Lors de cette conférence, organisée par la Maison de l’Afrique et le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), les mots de l’archéologue ont pris une résonance particulière dans ce haut lieu de la République française.

Décontracté, à l’aise avec le micro, M. Fauvelle, 51 ans, s’est mué en conteur. A partir de cartes diffusées sur un grand écran, le professeur a pu revenir sur la richesse des sociétés qui ont peuplé le continent depuis la préhistoire. « Un exemple de cette diversité qui est tout à fait frappante, ce sont les langues. Par contraste avec d’autres régions du monde, elle saute aux yeux. 2 400 langues sont parlées en Afrique aujourd’hui, avance-t-il. C’est beaucoup en comparaison de l’Europe » qui en possède une « quarantaine ou cinquantaine. »

François-Xavier Fauvelle a évoqué le mot-clé qu’il affectionne : la « connexion ». « Les sociétés africaines ont toujours été interconnectées les unes avec les autres et connectées avec le reste du monde », notamment avec le monde islamique pendant le premier Moyen Age. Il a mentionné à quel point chrétiens et musulmans vivaient en « symbiose » et qu’il fallait se « déshabituer » à dire qu’ils étaient « ennemis ». Et puis, alors qu’il continue « d’enfoncer un autre coin dans les clichés » comme il dit, la voix d’un assistant vocal d’un téléphone type Siri se fait fortement entendre : « Je ne suis pas sûr de comprendre. » Rires et applaudissements dans la salle.

« On est tous en déficit de savoir sur l’Afrique »

C’est au tour des invités de la diaspora – chefs d’entreprise, ambassadeurs, avocats – de poser leurs questions. Les mêmes reviennent, souvent liées à la méconnaissance de l’histoire de l’Afrique.

« Comment aujourd’hui on renoue avec la mémoire ? Ce que je crois constater chez les élites africaines, c’est qu’elles ne connaissent rien de leur histoire. Elles sont totalement occidentalisées, totalement complexées. En France, les gens ne connaissent rien. Le colonialisme est une parenthèse heureuse qu’on évacue en quelques secondes au lycée,qui est une causedes problèmes identitaires en France. Quelles sont les solutions heureuses ? », demande un docteur en droit.

« On est tous en déficit de savoir sur l’Afrique, la génération actuelle davantage encore. Projetez-vous de faire des conférences de ce genre en Afrique ? », interroge une autre personne. « Je fais partie de l’élite africaine et de la diaspora : comment peut-on aider à la diffusion de ce savoir en Afrique et quel rôle peut jouer la diaspora pour accompagner votre travail ? », ajoute une jeune femme.

François-Xavier Fauvelle n’élude aucune question. Il regrette que le savoir ne circule pas et que le « déficit » de connaissance n’existe pas qu’en France. « Nous souffrons d’un très sérieux manque de connaissance des passés de l’Afrique », insiste-t-il. Il faut « en comprendre les causes » et « accepter la singularité des sociétés africaines ». Le professeur se dit favorisé à la différence de ses confrères africains qui n’ont pas accès aux mêmes sources de connaissance que lui. Il milite pour les échanges universitaires et la création d’un centre d’excellence africain sur le continent pour éviter qu’un « Blanc » n’aille leur donner des cours d’histoire. La salle est conquise. L’héritage de Colbert semble soudain bien moins lourd.


Par Mustapha Kessous pour lemonde