Sékou Touré et la contestation de l’ordre colonial en Afrique sub-saharienne, 1958-1963


Par Guia Migani, Université de Padoue

Docteur en histoire de l’Université de Florence et de Sciences Po Paris, Guia Migani est chercheur post-doc à l’Université de Padoue. Elle travaille sur la politique européenne de coopération au développement, les relations eurafricaines, la Guerre froide et l’intégration européenne.

En 1958, l’Afrique sub-saharienne est encore presque entièrement sous le contrôle des anciennes puissances coloniales, à l’exception du Ghana qui est devenu indépendant en 1957, tout en continuant à faire partie du Commonwealth [1].

Pour l’Afrique sous domination française, Paris se limite à parler d’autonomie intérieure. L’indépendance est, au moins pour le moment, exclue. L’Algérie rend la question explosive.

En Afrique sub-saharienne, la Guinée occupe une place particulière. Il s’agit d’un territoire doté de ressources minières très précieuses pour la France. En même temps, grâce à sa position géographique, elle est voisine de pays francophones et anglophones, ce qui la met en contact avec des expériences différentes. Dans ce contexte, Sékou Touré représente le personnage qui contribue à faire éclater les plans français pour une décolonisation progressive et ordonnée. Le but de cet article est donc d’analyser l’action internationale de Sékou Touré dans le cadre africain et, plus précisément, d’évaluer l’impact de ses prises de position sur les pays voisins et sur l’évolution plus générale de l’Afrique.

Sékou Touré doit essentiellement son rôle de contestateur au conflit qui l’a opposé au général de Gaulle. Nous verrons d’abord comment il acquiert ce rôle de contestateur.

On analysera ainsi les raisons du contraste qui portent les deux hommes à s’affronter et qui amènent Sékou Touré à choisir l’indépendance plutôt qu’à s’associer aux plans français pour l’Afrique. Dans une deuxième partie, nous nous arrêterons sur les raisons pour lesquelles le « non » à la Communauté franco-africaine a pu s’imposer en Guinée, quand le « oui » l’a emporté dans tous les autres pays ; on analysera les premiers choix de Sékou Touré en tant que Président d’un État indépendant, en particulier les relations qu’il tisse avec d’autres chefs d’États africains et la manière dont il se situe par rapport à la compétition Est-Ouest qui est en train d’investir l’Afrique. Enfin, dans la dernière partie, on se focalisera sur le rôle de Sékou Touré en Afrique après 1960, quand la majeure partie des territoires coloniaux devient indépendante. Dans ce nouveau contexte, Sékou Touré doit désormais se confronter à plusieurs leaders africains et aux projets de coopération panafricaine.

Sékou Touré, la Guinée et de Gaulle

Sékou Touré et le Parti démocratique de Guinée (PDG) à la conquête du pouvoir en Guinée

Ahmed Sékou Touré naît en 1922 à Faranah, en Guinée centrale [2]. Après des études primaires et professionnelles, il devient employé des Postes. Dès la fin de la guerre, en 1945, il participe à la création de syndicats liés à la CGT française. En 1946, il assiste au congrès de Bamako où est fondé le Rassemblement démocratique africain (RDA), un parti interterritorial qui voit l’année suivante la création de la section guinéenne, le Parti démocratique de Guinée (PDG).

En 1952, Sékou Touré est nommé secrétaire général du PDG. En 1954, malgré l’opposition de l’administration coloniale, il devient conseiller général de Guinée et président de la Confédération générale des travailleurs d’Afrique noire. En 1957, il est nommé secrétaire général de l’Union générale des travailleurs d’Afrique Noire (UGTAN), la principale centrale syndicale des territoires d’Outre-mer, créée après la scission avec la CGT pour répondre aux attentes spécifiques des travailleurs africains.

Les mauvaises relations que le PDG entretient avec l’administration coloniale s’améliorent quand Bernard Cornut-Gentille est nommé Haut-commissaire en Guinée. Cornut-Gentille, avec lequel Sékou Touré a tissé des liens étroits, veut favoriser un certain changement politique sur le territoire. En 1956, pendant les élections, il laisse se dérouler librement la confrontation entre les partis guinéens [3]. Le PDG, avec Sékou Touré à sa tête, en sort gagnant. Le leader guinéen devient, en quelques mois, député à l’Assemblée nationale française, maire de Conakry, vice-président du Conseil de gouvernement, et membre du Grand Conseil de l’Afrique occidentale française (AOF). Au début de 1958, il est donc l’homme fort de la Guinée, pays dont il a le contrôle presque absolu après l’éclatante victoire du PDG aux élections du 31 mars 1957 [4].

Le PDG fait partie du RDA, un parti interterritorial présidé par l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, alors ministre d’État dans le gouvernement de Guy Mollet. Sékou Touré est l’un des quatre vice-présidents du parti ; il représente avec Modibo Keita, vice-président du Conseil du Gouvernement du Soudan, l’aile la plus radicale du RDA.

En septembre 1957, au Congrès du RDA de Bamako, Sékou Touré et Modibo Keita soutiennent le projet d’une fédération africaine dotée de forts pouvoirs, qui négocierait avec la France l’indépendance ou constituerait avec elle une confédération, alors qu’Houphouët-Boigny défend l’idée d’une fédération franco-africaine au sein de laquelle tous les territoires d’Outre-mer disposeraient d’une pleine autonomie. La position d’Houphouët-Boigny est conditionnée par les intérêts de son pays, la Côte d’Ivoire, beaucoup plus riche que ses voisins, et qui, en cas de création d’une fédération africaine, serait amenée à contribuer à son fonctionnement de façon considérable.

Sékou Touré et Modibo Keita appuient l’idée d’un exécutif fédéral, élu par les Africains, et complètement autonome par rapport à Paris, tandis que pour Houphouët-Boigny la fédération doit se situer au niveau franco-africain, les territoires, dont la personnalité et l’autonomie seraient renforcées, ayant alors le statut de pays membres de la fédération [5]. Jouissant depuis longtemps d’une position privilégiée au sein du gouvernement français, Houphouët-Boigny tient à préserver les liens particuliers qui l’unissent à Paris ainsi que l’autonomie et les ressources de la Côte d’Ivoire.

Le congrès de Bamako se termine par l’approbation d’une motion de compromis, mais la perception des observateurs français est que « la position prédominante de M. Houphouët au sein de son parti, où il représentait une certaine tendance modérée, se trouve quelque peu atteinte au bénéfice d’hommes considérés comme plus “progressistes” que lui, comme M. Sékou Touré, qui, dans le discours de clôture, rappela que M. Houphouët, s’il restait président du RDA, devrait soutenir au Gouvernement “non ses idées, mais celles défendues par le RDA” » [6].

Sékou Touré et de Gaulle : les raisons d’un conflit

En 1958, après le retour de De Gaulle au pouvoir, Sékou Touré n’est pas choisi pour faire partie du Comité consultatif constitutionnel, chargé de proposer des modifications à la future constitution. C’est Gabriel Lisette, viceprésident du Tchad et partisan des positions d’Houphouët-Boigny, qui est nommé en tant que représentant du RDA. Avoir exclu Sékou Touré du Comité constitutionnel a sans doute accéléré la rupture du leader guinéen, blessé dans son orgueil, avec de Gaulle. Par ailleurs, une telle décision ne tenait pas compte des nouveaux équilibres au sein du RDA, où l’aile la plus radicale s’était renforcée après le congrès de Bamako.

Fin août 1958, de Gaulle se rend en Afrique pour présenter le nouveau texte constitutionnel. Concernant l’Afrique, la Constitution prévoit la mise en place d’une Communauté composée de la France et des territoires d’Outre-mer, qui assumeront le titre d’États membres de la Communauté. Les pays africains seront autonomes du point de vue intérieur, tandis que la Communauté exercera sa compétence dans les domaines de la défense, des affaires étrangères, de l’économie et des finances, de la gestion des matières premières stratégiques. « Ainsi le président de la Communauté est de droit […] le président de la République française. […]. L’interprétation gaullienne fait donc du président français le véritable centre décisionnel de l’ensemble franco-africain » [7].

En fait, de Gaulle pose une alternative aux Africains : ils doivent choisir entre faire partie d’une fédération (dominée par la France), ou devenir indépendants ; dans ce dernier cas toutefois, de Gaulle a prévenu qu’il ne manquera pas de tirer les conséquences de la nouvelle situation, et qu’il mettra fin à toutes les aides. D’ailleurs, pour bien marquer le fait qu’il s’agit d’un choix en faveur ou contre la France, de Gaulle a voulu que les territoires africains s’expriment sur l’ensemble de la constitution et non sur les seuls titres les concernant.

Sékou Touré ne conteste pas le bien-fondé d’un lien spécial entre la France et ses anciennes colonies. D’ailleurs, il a défendu à plusieurs reprises cette idée. Au début de septembre 1958, il explique à une délégation d’étudiants guinéens venus défendre le « non » à la Constitution que l’indépendance serait un choix aventureux [8]. Mais il s’indigne de l’alternative posée par le général, Communauté ou sécession. La déclaration de ce dernier à Brazzaville, le 24 août, dans laquelle il reconnaît une possibilité ultérieure d’évolution pour les pays membres de la Communauté, ne suffit pas au leader guinéen, qui attend de Gaulle à Conakry le jour suivant.

La visite du général en Guinée se déroule dans une ambiance très tendue. Sékou Touré tient à s’afficher comme le leader d’un pays uni derrière lui. Peut-être veut-il montrer aussi son autonomie par rapport à Houphouët-Boigny et à l’aile la plus modérée du RDA. En s’adressant directement à son peuple (et non au général de Gaulle), il affirme : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l’indépendance ». Et surtout, en réponse au chantage à l’aide française dont croyait pouvoir user de Gaulle : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage » [9].

Il demande que le droit à l’indépendance soit explicitement reconnu, ainsi que la formation de la Communauté sur des bases égalitaires. Il ne va cependant pas jusqu’à revendiquer l’indépendance immédiate [10]. Si, sur le fond, Sékou Touré ne dit rien de nouveau, c’est la mise en scène qui heurte la susceptibilité du général et des représentants français. Malgré certaines références à la France, son discours est très mal perçu par de Gaulle, qui estime que le leader guinéen a voulu profiter de sa venue pour donner à son geste le plus d’éclat possible, pour en souligner le contraste avec l’accord des autres dirigeants africains [11].

Sans avoir pu obtenir de concession de la part de De Gaulle, et soumis à une forte pression des militants de son parti, Sékou Touré bascule définitivement du côté du « non ». La crainte de se trouver désavoué par une partie importante de la population guinéenne favorable à l’indépendance (jeunesse, syndicats, paysans, organisations des femmes) a certainement eu un poids décisif dans cette décision [12]. Le 14 septembre, le PDG donne formellement l’indication de voter de manière négative au référendum. Toutefois, le leader guinéen tient à manifester sa disponibilité à constituer avec la France une confédération d’États indépendants et égaux ; d’autant plus que l’article 88 de la nouvelle Constitution semble ouvrir cette possibilité.

Un facteur qui a certainement pesé dans la décision du leader guinéen de voter non au référendum du 28 septembre 1958 a été la conviction que la menace du général de suspendre les aides économiques était un bluff. Comment la France pouvait-elle rompre tout lien avec un pays africain devenu indépendant, alors que le Maroc et la Tunisie continuaient de recevoir des aides malgré leur appui au FLN algérien ? À Conakry, le directeur de l’agence local de l’Institut d’émission pour l’AOF et le Togo confirme à son directeur général cette impression : « Certains Africains avec lesquels je me suis entretenu (en particulier le ministre des Finances rencontré inopinément à l’aérogare) ne semblent pas croire […] à cette éventualité, persuadés que le gouvernement français n’osera pas rompre brutalement les relations et qu’il n’y aura en pratique aucune différence de régime entre les territoires qui auront voté oui, et ceux qui auront voté non » [13].

Le Royaume-Uni est d’ailleurs du même avis et croit à un bluff du général de Gaulle [14]. Comment la France pouvait-elle abandonner les investissements faits en Guinée, un des pays les plus riches de l’Afrique occidentale française ? On pouvait ainsi considérer que la Guinée aurait retiré de l’indépendance un prestige considérable, tout en maintenant avec la France des relations économiques presque identiques à celles des autres pays membres de la Communauté.

Le 20 septembre, une semaine avant le référendum, Sékou Touré se présente à la Chambre de Commerce de Conakry pour rassurer les entreprises étrangères présentes en Guinée : « Notre volonté d’indépendance ne doit pas être interprétée comme une volonté de rupture avec la France. Mes réponses se ressentiront donc forcément de notre intention ferme de rester dans le système français. Il est permis en effet d’espérer que la Guinée aura sa place à côté de la République de Tunisie et du Maroc, dans l’association des États Libres que la nouvelle Constitution prévoit en son article 88 » [15]. Sékou Touré n’est donc pas encore le leader révolutionnaire qui conteste l’influence française en Afrique sub-saharienne. Il est plutôt un jeune leader radical désireux de s’affirmer comme l’homme qui a réussi à forcer la main aux Français.

L’indépendance et les premiers défis

Le choix de l’indépendance

Le 28 septembre 1958, 98 % de la population de la Guinée vote non au référendum. Le « oui » par contre est majoritaire dans tous les autres pays africains, y compris au Niger où la situation était plus incertaine. Le chef du gouvernement nigérien, Djibo Bakari, avait en effet invité à voter pour l’indépendance immédiate mais le PRA, le parti de Bakari, ne contrôlait pas le territoire comme le PDG pouvait le faire en Guinée ; l’administration coloniale vint par ailleurs au secours du parti local affilié au RDA qui était pour le « oui ». Quant au Sénégal, où la situation risquait d’être difficile, les responsables (africains) du gouvernement prirent position en faveur de la constitution et pouvaient compter sur le soutien de marabouts et des anciens combattants pour surmonter l’influence des partis indépendantistes [16].

La Guinée est ainsi le seul pays membre de l’Union française où le « non » l’emporte au référendum. Si d’autres territoires étaient partagés sur la question (comme le Sénégal ou le Niger), il n’y avait nulle part ailleurs un parti de masse orienté majoritairement vers le « non » – ou si c’était le cas, les responsables gouvernementaux devaient tenir compte de l’influence d’autres forces politiques ou sociales plus conservatrices. Face au résultat du vote la réponse française ne se fait pas attendre : le 29 septembre, le gouverneur français informe Sékou Touré qu’à partir du 30, Paris mettra fin à toutes les aides jusqu’alors consenties et retirera son personnel technique, y compris les forces armées. Toutefois, du point de vue monétaire, la Guinée continuera à faire partie de la zone franc, l’ensemble monétaire franco-africain.

Quatre jours après le référendum, l’Assemblée législative de la Guinée proclame l’indépendance du pays. Le nouvel État obtient la reconnaissance immédiate de l’Union soviétique, de l’Égypte et du Ghana, bientôt suivis par les pays communistes et les États arabes. De son côté, la France décide de conditionner la reconnaissance de jure de la Guinée au règlement des questions pendantes et demande à ses alliés occidentaux d’attendre une initiative française avant de procéder à la reconnaissance.

La demande de Sékou Touré d’instaurer une association aux termes de l’article 88 de la Constitution reste sans réponse. Paris donne la priorité à la mise en place des structures de la Communauté. Le gouvernement français veut montrer la différence entre les pays membres de la Communauté et ceux qui ont refusé d’en faire partie. « Du reste, c’est ce qu’attendaient plusieurs dirigeants de la Communauté. Houphouët-Boigny déclarait ainsi, le 15 octobre, à l’hebdomadaire Carrefour : « Si la France donnait une préférence à ceux qui ont fait sécession contre ceux qui ont choisi la Communauté, alors la sécession guinéenne fera tache d’huile » [17]. Compte tenu de la situation, Sékou Touré est obligé à chercher ailleurs les aides dont il a besoin pour financer le développement de son pays. Sur le continent africain, il trouve un allié en Kwame N’Krumah, le président du Ghana. Le leader ghanéen est alors un des chefs d’État africains les plus prestigieux. Il est aussi un des principaux promoteurs des idées panafricaines [18]. De ce point de vue, N’Krumah et Sékou Touré ont des positions assez proches. Les mauvaises relations qu’ils entretiennent avec la France sont un autre élément commun, Paris soupçonnant N’Krumah de vouloir imposer son influence sur toute l’Afrique occidentale, y compris sur les pays de sa zone de tutelle [19]. N’Krumah a été un des premiers à reconnaître le gouvernement de Sékou Touré. Il croit sincèrement à la nécessité de venir en aide à un État africain nouvellement indépendant, qui a eu le courage de s’affirmer contre la volonté de l’ancienne puissance coloniale. De son côté, Sékou Touré a absolument besoin d’une aide immédiate, pour mettre en place son administration depuis le départ des Français. La proposition de prêt que lui fait N’Krumah tombe à propos : 10 millions de livres ghanéennes qui lui permettraient de passer les premières échéances et de faire échouer les projets français visant à rendre impossible la constitution pratique de son État. En même temps, les deux pays envisagent de mettre sur pied une collaboration approfondie, prélude à une future union. Le 23 novembre 1958, à Accra, Sékou Touré et N’Krumah annoncent la création du « noyau des futurs États-Unis d’Afrique occidentale ». Les implications de cette union ne sont pas claires, mais Paris et Londres suivent avec préoccupation la collaboration entre pays issus de deux systèmes coloniaux différents. Les Français craignent surtout que la Guinée n’abandonne la zone franc pour la zone sterling. Couve de Murville, le ministre des Affaires étrangères, convoque même l’ambassadeur britannique à Paris pour obtenir des assurances sur ce point [20].

La politique étrangère de Sékou Touré

Les nouvelles relations internationales de la Guinée ne se limitent pas au cadre africain. Les accords que Conakry signe avec l’Union soviétique, l’Allemagne de l’Est et la Tchécoslovaquie sont aussi de première importance. Les pays communistes veulent profiter du départ de l’administration française pour gagner la Guinée à leur cause et s’implanter en Afrique occidentale. Pour parvenir à leurs fins, ils ne lésinent pas sur les aides économiques et militaires [21]. Le Kremlin accorde à la Guinée un prêt de 140 millions de roubles [22] et invite Sékou Touré pour une visite d’État en décembre 1959 ; à cette occasion, les dirigeants soviétiques réaffirment leur soutien à tous les pays qui luttent contre l’impérialisme européen ou américain.

Sékou Touré se montre prudent face aux manœuvres du bloc communiste. Il accepte les aides des pays communistes, mais il prend soin de les contrebalancer par des approches en direction du monde occidental. Son voyage à Moscou, par exemple, est précédé d’une visite d’État à Washington et à Londres, et suivi d’une visite à Bonn. À la Maison Blanche, lors de son entretien avec Eisenhower, il demande que les États-Unis développent la coopération économique et commerciale avec son pays [23].

D’autre part, il faut considérer que depuis son admission aux Nations unies, en décembre 1958, la Guinée fait pleinement partie du mouvement des Non-alignés. C’est donc à l’intérieur de ce cadre que se situent ses relations avec l’Est et l’Ouest. De ce point de vue, l’admission de la Guinée à l’Assemblée générale des Nations unies est un grand succès pour ce pays. Elle est votée à l’unanimité le 11 décembre 1958 avec la seule abstention du délégué français. Il faut bien dire qu’il s’agit du premier pays africain francophone à entrer aux Nations unies. À juste titre, Paris craint qu’une telle adhésion ait des conséquences sur les pays membres de la Communauté. Les dirigeants de ces pays pourront difficilement supporter longtemps la comparaison avec Sékou Touré, comme Tsiranana, le chef du gouvernement malgache, l’affirme très clairement à Houphouët-Boigny après avoir assisté à l’accueil triomphal du leader guinéen à l’ONU : « Nos populations ne comprendront pas plus longtemps que nous restions au stade de l’autonomie et que nous ne devenions pas indépendants » [24]. Par ses actions, Sékou Touré provoque une accélération du processus d’indépendance dans les autres États.

Sur le plan international, la position de Sékou Touré se précise au cours de 1959. Il semble d’abord hésiter entre plusieurs directions : un rapprochement avec la France, qui permettrait d’obtenir une aide technique particulièrement appréciée et de garder le contact avec les pays de la Communauté franco-africaine ; adopter une attitude encore plus radicale envers l’ancienne puissance coloniale, ce qui augmenterait son influence auprès des mouvements révolutionnaires ; réaliser concrètement une union avec le Ghana ou, au contraire, renforcer la personnalité internationale de la Guinée.

Tout au long de l’année 1959, Sékou Touré décide d’abandonner la possibilité de régler la situation avec Paris. La décision de la Guinée de reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (août 1959), de voter aux Nations unies contre la France mise en accusation pour la guerre d’Algérie et les expériences atomiques dans le Sahara, et surtout de sortir de la zone franc, bloquent toute possibilité de dialogue avec l’ancienne puissance coloniale. Le 1er mars 1960, lors d’une conférence de presse Sékou Touré annonce la mise en œuvre d’une réforme monétaire. Le même jour la Guinée remplace le franc CFA, la monnaie de la zone franc, par une monnaie nationale qui ne fait plus partie de l’ensemble monétaire franco-africain. Cette opération provoque un grave contentieux entre Paris et Conakry, car elle entraîne la saisie des réserves monétaires gardées dans les caisses de l’agence locale de Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Étant donné l’impossibilité d’individualiser la circulation monétaire par pays, l’opération guinéenne concerne tous les États membres de l’union monétaire.

La décision de créer une monnaie nationale guinéenne revêt une importance particulière : en fait, même après son indépendance, la Guinée était restée membre de la zone franc, un ensemble économique-monétaire basé sur la circulation d’une seule monnaie, le franc CFA, liée par un rapport fixe au franc français, qui garantit sa stabilité de façon illimitée [25]. Depuis 1958 les échanges commerciaux avec Paris ont diminué, mais ils restent importants pour certaines matières premières. Le Fonds de stabilisation des changes (qui garantit la stabilité du franc CFA) a continué à recevoir les devises étrangères qui sont investies en Guinée. Elles représentent un montant non négligeable en raison de l’extraction de la bauxite et de la production d’alumine dans le nord-ouest du pays, à Fria, par un consortium de sociétés américaine, anglaise, suisse, allemande et française [26].

Pour sa part Paris est en train de repenser ses relations avec les pays membres de la Communauté. Désormais la domination française ne s’exprimera plus par voie directe, car l’indépendance des États africains est devenue inévitable, mais elle prendra la forme d’une collaboration politique, économique et militaire [27]. Dans ce contexte, la zone franc constitue un élément fondamental, que le gouvernement français tient à préserver à tout prix. Une zone monétaire solidement liée au franc français empêchera les puissances étrangères d’acquérir une influence prépondérante en Afrique sub-saharienne. Elle permettra de préserver la cohésion de ses anciennes colonies face à l’attraction exercée par les pays anglophones et surtout par le Nigeria [28]. La décision de Sékou Touré d’abandonner la zone franc et de créer une monnaie nationale représente ainsi un dangereux précédent, surtout s’il est couronné de succès. Les autres pays africains pourraient en effet être tentés de suivre la Guinée, malgré les bénéfices qu’ils retirent de la zone franc, et la France pourrait perdre un de ses instruments les plus importants pour maintenir son influence en Afrique sub-saharienne.

Parallèlement au durcissement des relations avec Paris, Sékou Touré renforce la coopération avec N’Krumah. Le 1er mai 1959 les deux leaders annoncent la naissance de l’Union des États indépendants africains. Étant donné les profondes différences et la distance qui sépare les deux pays, une union complète entre Accra et Conakry était impossible, au moins dans le court terme. La coopération change ainsi de nature : il ne s’agit plus d’unifier les deux États, mais de créer un bloc plus ou moins homogène de pays africains, qui puisse s’imposer sur le plan international et peser, à terme, sur la construction de la première organisation politique panafricaine [29].

Pendant cette période, malgré un certain souci d’équilibre international, Sékou Touré semble plus proche du bloc communiste que du bloc occidental. Cela s’explique en grande partie par le retard avec lequel les puissances occidentales ont reconnu le nouveau régime. L’Union soviétique, dont l’intérêt pour le continent africain va grandissant depuis 1956, a profité de l’occasion pour prendre pied en Guinée [30]. Toutefois, la sympathie de Sékou Touré pour Moscou et le communisme n’est pas aussi solide que Paris semble l’estimer. Il s’agit plutôt d’une question d’opportunité : tant que les aides des pays communistes sont utiles et abondantes, Sékou Touré se montre sensible à leur propagande. Quand la coopération technique avec le bloc soviétique se révélera un échec, l’aide des pays occidentaux et des organisations internationales comme la Banque Mondiale gagnera en intérêt.

Deux ans après l’indépendance, Sékou Touré est devenu un acteur incontournable sur le continent africain : ses liens avec N’Krumah sont connus, mais il a aussi rencontré plusieurs fois William Tubman, le président du Liberia, qui cherche à modérer l’attitude progressiste de son voisin. Il s’efforce par ailleurs de valoriser l’action des Nations unies au Congo pour la résolution du conflit qui se déroule dans ce pays. Consulté par le gouvernement américain, il s’engage à jouer un rôle de médiateur entre les parties en cause. Par contre, il tient à rappeler le cas des colonies portugaises, dont l’indépendance n’est pas envisagée, et le régime d’apartheid en Afrique du Sud, pour demander à Washington de faire pression sur les États concernés [31].

En août 1960, l’éclatement de la Fédération du Mali, (composée des territoires du Sénégal et du Soudan français, l’actuel Mali) lui permet de se rapprocher à Modibo Keita, son ancien allié dans le RDA. À la fin de 1960 se forme la coalition Ghana-Guinée-Mali. Le 24 décembre, les trois chefs d’États se retrouvent à Conakry, où ils proclament leur intention de créer une union entre leurs pays. Bien que le contenu pratique de cette union reste lettre morte, la valeur politique de l’alliance entre les trois pays paraît importante. Elle démontre que Sékou Touré n’est pas isolé sur le plan africain. Certes, le Mali maintiendra avec la France des relations économiques significatives, mais sur le plan international, sa position sera tout à fait semblable à celle de la Guinée [32].

La normalisation du cas guinéen

Au cours de 1961 la politique étrangère de Sékou Touré évolue graduellement. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce changement d’attitude. L’indépendance d’un grand nombre d’États africains a d’abord privé Sékou Touré d’arguments de poids pour développer son influence dans les milieux les plus nationalistes. La polémique contre la domination française en Afrique sub-saharienne se transforme en une polémique contre l’influence française, mais elle n’a pas la même signification. Le rapprochement avec les États-Unis joue dans le même sens. Probablement déçu des résultats de l’aide soviétique, Sékou Touré se tourne vers l’Ouest. Un signe évident de ce changement est l’expulsion, en décembre 1961, de l’ambassadeur soviétique, accusé d’avoir pris part à des agitations contre le gouvernement. Les États-Unis sont prêts à soutenir Sékou Touré – ils ont d’ailleurs toujours maintenu un minimum de programmes d’aide dans ce pays, pour ne pas le laisser dépendre complètement de Moscou [33]. La Guinée devient ainsi l’un des principaux bénéficiaires de l’aide américaine en Afrique : entre 1962 et 1964, elle passe du septième au deuxième rang des bénéficiaires de l’aide bilatérale américaine en Afrique sub-saharienne [34]. En 1962, lors de la crise de Cuba, Sékou Touré refuse à Moscou l’utilisation de ses bases aériennes. En 1963, la Guinée accepte de devenir membre de la Banque Mondiale et du FMI.

En 1962-1963, après la fin de la guerre d’Algérie, on assiste même, à l’initiative de Sékou Touré, à un rapprochement avec la France. En 1963, des accords pour régler le contentieux financier franco-guinéen sont signés. Bien que méfiante – elle ne partage pas l’attitude, qu’elle considère trop conciliante, des États-Unis vers la Guinée –, la France se résout finalement au compromis. Même si la coopération franco-américaine en Guinée était empreinte de méfiance réciproque, le rapprochement de la Guinée avec le monde occidental ne pouvait que faciliter la stabilisation générale de l’Afrique de l’Ouest. Un tel objectif entrait naturellement dans les intérêts français et américains [35].

Toutefois, le changement d’attitude de la part de Sékou Touré n’implique pas un revirement total. Son pays ne fera pas partie des organisations de coopération politique et économique créées par les leaders francophones modérés [36]. Les accords qu’il signe avec le gouvernement français sont très vite contestés. Il refuse de participer aux négociations pour le renouvellement de la Convention d’association des États africains à la Communauté économique européenne (CEE), à laquelle il n’a jamais reconnu être lié. Il partage sur ce sujet les vues de N’Krumah sur la CEE, le président du Ghana estimant qu’il s’agit d’une organisation néocolonialiste qui cherche à partager l’Afrique, pour mieux exploiter ses ressources [37].

La Guinée est enfin membre d’une coalition d’États progressistes, appelée groupe de Casablanca, avec la République Arabe Unie, le Ghana, le Mali, la Libye, le Soudan, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et le Maroc. Au groupe de Casablanca, qui affiche des tendances intégrationnistes très poussées, s’oppose le groupe de Monrovia, dont font partie les États africains modérés [38]. Dans le contexte d’une Afrique désormais constituée en grande partie d’États indépendants, la création d’une organisation panafricaine, établissant des formes de collaboration plus ou moins étroites, est devenue un enjeu de taille. En mai 1963, la naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) doit toutefois beaucoup plus au groupe de Monrovia qu’à celui de Casablanca, ce dernier, partagé entre leaders noirs et arabes, n’arrivant pas à imposer sa vision. La Charte de l’OUA reprend en effet les projets proposés par William Tubman, le président libérien, un des principaux leaders modérés : les principes constituant la base de la nouvelle organisation sont « le respect de l’égalité absolue des États, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays (donc des frontières coloniales), de la non-ingérence et de la coopération économique » [39]. En fait, l’objectif de la nouvelle organisation est de renforcer la coopération intergouvernementale entre pays africains et non de réaliser une union basée sur l’intégration politique. Sékou Touré, qui se rend probablement compte de la situation, préfère alors se limiter à un rôle de médiateur entre les chefs d’État réformistes et les plus intransigeants. Son attitude est définie par le Département d’État américain comme raisonnable et modérée [40].

Sékou Touré a donc représenté un défi constant pour l’influence que la France tenait à conserver en Afrique sub-saharienne. Ses décisions de ne pas participer à la Communauté franco-africaine, de ne pas adhérer à la convention d’association à la CEE, de sortir de la zone franc et de créer une monnaie nationale, ont fait de lui l’un des chefs africains les plus connus de son époque. Son opposition éclatante à la politique française a contribué à porter l’Afrique à l’attention des deux superpuissances, qui ont suivi l’expérience guinéenne avec beaucoup d’intérêt, en la soutenant avec des crédits importants.

La politique étrangère a été l’un des domaines privilégiés de l’action de Sékou Touré pendant ces années. La tentative de créer une union panafricaine n’a finalement pas abouti, mais la coopération entre Sékou Touré et N’Krumah a suscité beaucoup d’inquiétudes en France et en Grande Bretagne, parce qu’elle remettait en cause une division de l’Afrique en zones d’influence établie depuis longtemps.

C’est donc avant l’indépendance des pays africains membres de la Communauté que la capacité de Sékou Touré à déstabiliser l’influence française en Afrique est particulièrement forte. Par ses actes, il montre aux leaders de l’Afrique francophone, et surtout à leurs populations, que des alternatives à la domination politique et économique française sont possibles. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que l’indépendance et l’adhésion de la Guinée à l’ONU ont provoqué une accélération du même processus chez les autres pays africains, leurs dirigeants ne pouvant accepter d’avoir un statut inférieur à celui de Sékou Touré.

Par contre, la création de la monnaie guinéenne n’a pas eu le même impact que le choix de l’indépendance politique. Il est vrai qu’en 1962, la zone franc connaît une réforme importante pour tenir compte du nouveau statut des anciennes colonies, mais les leaders africains concernés décident de garder une monnaie commune liée au franc français, les avantages économiques qu’ils en tirent l’emportant sur les inconvénients politiques.

Après 1961 le rôle de Sékou Touré en tant que contestateur des équilibres coloniaux devient moins évident : les anciens membres de la Communauté franco-africaine sont désormais indépendants. Paris a trouvé une nouvelle justification à sa présence en Afrique sub-saharienne : il s’agit d’aider les nouveaux gouvernements à mettre en place leur administration et à favoriser le développement économique et social de leurs pays. La France a d’ailleurs signé des traités de coopération avec chacune de ses anciennes colonies. Dans une région qui cherche à s’organiser et à créer ses organisations de coopération politique et économique, Sékou Touré représente encore un personnage important, mais il est dorénavant un chef d’État parmi d’autres. Surtout il doit compter avec l’influence des leaders des pays de l’Afrique anglophone, dont le poids économique et politique est très important. Si ses relations avec la France restent difficiles, il n’est plus perçu par les Occidentaux comme un élément capable de mettre en danger les équilibres du continent. Le rapprochement avec les États-Unis en 1962, suivi par l’entrée de la Guinée au FMI et à la Banque mondiale finit par normaliser son cas. Et même si en 1965 les relations avec l’Union soviétique se réchauffent, Sékou Touré n’est plus capable de remettre en cause le statu quo en Afrique.

 

Notes

[1]  Les autres pays indépendants en Afrique sub-saharienne sont le Liberia, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud.

[2] Parmi les nombreux ouvrages consacrés à Sékou Touré : André Lewin, Ahmed Sékou Touré (1922-1984), Président de la Guinée, 8 vol., Paris, L’Harmattan, 2009-2011 ; Boubacar Yacine Diallo, La Guinée, un demi-siècle de politique (1945-1958). Trois hommes, trois destins, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 111-190 ; Abdoulaye Diallo, Sékou Touré : 1957-1961. Mythe et réalités d’un héros, Paris, L’Harmattan, 2008 ; Maurice Jeanjean, Sékou Touré. Un totalitarisme africain, Paris, L’Harmattan, 2004 ; Maligui Soumah, Guinée : de Sékou Touré à Lansana Conté, Paris, L’Harmattan, 2004 ; Ibrahima Baba Kaké, Sékou Touré : le héros et le tyran, Paris, Jeune Afrique, 1987 ; Charles E. Sorry, Sékou Touré l’ange exterminateur : un passé à dépasser, Paris, L’Harmattan, 2000.

[3] Bernard Charles, « Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée » in Charles-Robert Ageron, Marc Michel (dir.), L’Afrique noire française : l’heure des indépendances, Paris, CNRS Éditions, 1992, p. 361-374. Sur les élections de 1956, voir aussi Sidiki Kobélé-Keita, Les élections en Guinée française (1945-1958), Paris, Anibwe, 2011, p. 157-164.

[4] Sur l’histoire du PDG pendant cette période et sur le rôle de Sékou Touré voir Elizabeth Schmidt, Cold War and Decolonization in Guinea, 1946-1958 (Athens : Ohio University Press, 2007). L’auteur insiste sur l’importance toute particulière des militants du PDG, syndicalistes, enseignants, étudiants, femmes, qui exercent une pression constante sur les dirigeants du parti pour garder une ligne d’opposition à la puissance coloniale.

[5] Sur le Congrès de Bamako et le débat politique dans le cadre du RDA, voir Edward Mortimer, France and the Africans, 1944-1960. A Political History, (New York : Walker and Co., 1969), p. 274-275 ; Sidiki Kobélé-Keita, Les élections en Guinée, op. cit., p. 140-145.

[6] Centre des Archives d’Outre-mer (CAOM), FM 60, dossier 2151 : synthèse politique, septembre 1957. Sur l’évolution « gauchiste » du PDG en Guinée, et sur Sékou Touré en tant qu’expression des forces qui ont prévalu dans le PDG voir Elizabeth Schmidt, Mobilizing the Masses. Gender, Ethnicity, and Class in the Nationalist Movement in Guinea, 1939-1958 (Portsmouth : Heinemann, 2005).

[7] Frédéric Turpin, De Gaulle, Pompidou et l’Afrique (1958-1974). Décoloniser et coopérer, Paris, Les Indes savantes, 2010, p. 42 ; Frédéric Turpin, « 1958, la Communauté franco-africaine : un projet de puissance entre héritages de la IVe République et conceptions gaulliennes », Outre-Mers, vol. 96, n° 358-359, 2008, p. 45-58 ; Guia Migani, La France et l’Afrique sub-saharienne, 1957-1963, Bruxelles, Peter Lang, 2008, p. 69-72 ; Maurice Vaïsse, La Grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle, 1958-1969, Paris, Fayard, 1999, p. 93-94.

[8] Abdoulaye Diallo, « Sékou Touré et l’indépendance guinéenne : déconstruction d’un mythe et retour sur l’histoire », Outre-Mers, vol. 96, n° 358-359, 2008, p. 279.

[9] Claude Wauthier, Quatre présidents et l’Afrique : de Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand. Quarante ans de politique africaine, Paris, Le Seuil, 1995, p. 82.

[10] Abdoulaye Diallo, Sékou Touré et l’indépendance guinéenne, op. cit., p. 268.

[11] Paul-Marie de la Gorce, De Gaulle, Paris, Perrin, 1999, p. 1019. Pour une analyse soignée du discours du 25 aout de Sékou Touré, voir Abdoulaye Diallo « Et si Sékou Touré n’était que l’homme du 25 aout 1958 ? », in Odile Goerg, Céline Pauthier, Abdoulaye Diallo (dir.), Le non de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines, Cahiers Afrique, n° 25, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 81-97.

[12] Sur l’importance des syndicats des enseignants, des organisations de la jeunesse et des étudiants dans le « non » de Sékou Touré voir les travaux d’Elizabeth Schmidt, en particulier : Cold War, op. cit., p. 158-166 (cf. note 4). Dans le même sens Ismael Barry, qui en outre souligne le risque du PDG de se voir concurrencer sur ce terrain par deux partis concurrents : Ismael Barry, « Réflexions sur le non de la Guinée, 50 ans après » in Odile Goerg, Céline Pauthier, Abdoulaye Diallo (dir.), Le non de la Guinée, op. cit., p. 29-42. Sur la toute particulière importance politique des femmes en Guinée, Céline Pauthier, « Tous derrière, les femmes devant ! Femmes, représentations sociales et mobilisation politique en Guinée (1945-2006) » in Odile Goerg (dir.), Perspectives historiques sur le genre en Afrique, Cahiers Afrique, n° 23, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 219-238 ; Elizabeth Schmidt, Mobilizing the masses, op. cit. ; Sophie Guillaume, Les femmes guinéennes sous Sékou Touré (1958-1984), mémoire de DEA, Université Paris VII, 2000. Voir aussi l’analyse détaillée et très intéressante d’Abdoulaye Diallo sur le « non » de Sékou Touré : Sékou Touré et l’indépendance guinéenne, op. cit., p. 267-288.

[13] Centre des Archives économiques et financières (CAEF), Répertoire 1018, dossier B 0062/203, lettre au Directeur Général de l’Institut d’émission pour l’AOF et le Togo, Conakry, 16 septembre 1958.

[14] “During his African Tour the General said that a decision to secede would involve the cessation of all further French aid ; there was probably an element of bluff in this, and there is nothing in the text of the constitution to require the severance of all ties between France and a Territory which chooses independence. The new constitution therefore marks a historic change in French colonial policy” (UK National Archives (UKNA), FO 371/131408, the implications of the new French Constitution, September 5, 1958).

[15] CAEF, Répertoire 1018, dossier B 0062/203, discours prononcé par Sékou Touré à la Chambre de commerce de Conakry, 20 septembre 1958.

[16] Sur le référendum, Guia Migani, La France et l’Afrique, op. cit., p. 81-86 (cf. note 7). Sur le Niger, voir Pierre Biarnès, L’Afrique aux Africains. Vingt ans d’indépendance en Afrique noire, Paris, Armand Colin, 1980, p. 228-229 ; Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, t. II, Paris, Calmann-Lévy, 1967, p. 269-332. Sur le Sénégal, Christian Coulon, « Un gaullisme musulman : les Marabouts et la décolonisation au Sénégal » in Centre bordelais d’études africaines, La politique africaine du général de Gaulle, 1958-1969, Paris, Pedone, 1981, p. 346-356.

[17] Paul-Marie de la Gorce, De Gaulle, op. cit., p. 1021 (cf. note 11). Sur ce point voir aussi Frédéric Turpin, De Gaulle, Pompidou et l’Afrique, op. cit., p. 42. (cf. note 7).

[18] Sur N’Krumah, voir Kwame Notwe-Asamoah, Kwame N’Krumah’s politico-cultural Thought and Policies : an African-centered Paradigm for the second Phase of the African Revolution (New York : Routledge, 2005) ; Kofi Buenor Hadjor, N’Krumah and Ghana (Trenton : Africa World Press, 2003) ; Kwame Arhin, ed., The Life and Work of Kwame N’Krumah (Accra : Sedco, 2001) ; David Rooney, Kwame N’Krumah : the Political Kingdom in the Third World (London : Tauris, 1988). N’Krumah est l’auteur de Africa Must Unite (London : Panaf, 1970).

[19] Les Français craignent en particulier que le président du Ghana ne profite du désir de réunification de la population Ewé, partagée entre le Ghana et le Togo français, pour chercher à annexer ce dernier : Guia Migani, « La CEE ou la France, l’impossible choix de Sylvanus Olympio, président du Togo », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 77, janvier-mars 2005, p. 25-31.

[20] UKNA, FO 371/131427, British Embassy in Paris, November 25, 1958 : “M. Couve de Murville said […] that what really worried the French government was the financial aspect ; if for instance there was any question of Guinea joining the sterling area the effect in France would be painful in the extreme and we must expect a real row involving a definite strain on Anglo-French relations. Apart from that there was the question of the £ 10 million advance from Ghana to Guinea. The French government had the impression that this advance could not have been effected without the consent of the Treasury of the Bank of England. If such consent had been given, he could not disguise the act that a very bad impression would be created here for it would be assumed that Her Majesty’s government had not only connived at but had actively promoted the whole affair”.

[21] AMAE, Afrique Levant 1953-1959 (Guinée), vol. 3, note du 11 avril 1959 : « Il est à craindre, et Washington comme Monrovia semblent de cet avis, que la Guinée ne devienne un centre d’agitation et de subversion communiste au centre de l’Afrique, dont seraient victimes, non seulement les États de la Communauté, mais le Libéria, la Guinée portugaise et les pays africains d’influence britannique ». Sur l’implantation soviétique en Guinée, voir Cécile Marin, « La présence soviétique en Afrique noire, 1960-1968. Les cas de la Guinée du Ghana et du Mali », mémoire de master sous la direction de Maurice Vaïsse, Institut d’études politiques de Paris, 2008 ; Christopher Stevens, The Soviet Union and Black Africa (London : Macmillan, 1976) ; Craig Nation, Mark Kauppi, The Soviet Impact in Africa (Lexington : Lexington Books, 1984) ; Christopher Andrew, Vassili Mitrokhin, The World was going our way : the KGB and the Battle for the Third World (New York : Basic Books, 2005).

[22] AMAE, Europe 1956-1960 (URSS), vol. 259, lettre de l’ambassadeur de France à Moscou au ministre des Affaires étrangères, 19 mars 1960.

[23] François Durpaire, Les États-Unis ont-ils décolonisé l’Afrique noire francophone ? Paris, L’Harmattan, 2004, p. 243-244.

[24] Voir le témoignage de Jean Foyer qui rapporte les mots de Tsiranana à Houphouët-Boigny, La politique africaine, op. cit., p. 270 (cf. note 16). Sur l’admission de la Guinée à l’ONU et la France, voir André Lewin, Ahmed SékouTouré, op. cit., t. III, p. 95-146 (cf. note 2).

[25] Hubert Gerardin, La zone franc, Paris, L’Harmattan, 1989 ; Benoît Claveranne, La zone franc. Au-delà de la monnaie, Paris, Economica, 2005. Sur la sortie de la Guinée de la zone franc, Robert Julienne, Vingt ans d’institutions monétaires ouest-africaines, 1955-1975. Mémoires, Paris, L’Harmattan, 1988, p. 136-148.

[26] Jacques Larrue, FRIA en Guinée, Paris, L’Harmattan, 1997 ; Bonnie K. Campbell, Les enjeux de la bauxite. La Guinée face aux multinationales de l’aluminium, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1983 ; Florence Hachez-Leroy, « Enjeux et stratégies internationaux dans le secteur de l’aluminium en Afrique (1960-2010) », in Émilia Robin-Hivert, Georges-Henri Soutou (dir.), L’Afrique indépendante dans le système international, Paris, PUPS, 2012, p. 261-281.

[27] Sur la mise en place de la politique de coopération franco-africaine, voir Frédéric Turpin, De Gaulle, op. cit., p. 61-147 (cf. note 7).

[28] Sur ces questions, voir Guia Migani, La France et l’Afrique, op. cit., p. 147-165 (cf. note 7) ; Guia Migani, « Du franc CFA au franc CFA : la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest, les États africains et la France (1955-1962) », in Olivier Feiertag, Michel Margairaz (dir.), Les banques centrales, la nation et les États, à paraître.

[29] AMAE, Afrique Levant 1953-1959 (Guinée), vol. 19, ambassade de France a Conakry, 4 mai 1959 : « L’accord Ghana-Guinée, d’abord conçu comme une défense, une sorte de repli contre l’encerclement colonial, change de pas et devient une manœuvre offensive. […] À la petite Afrique succède la grande, de structure lâche, mais d’ambition vaste. Le changement de nature correspond à la fois à tout ce qui empêche un dialogue plus intime entre les deux partenaires et aux chances que leur offre la situation générale : évolution du Mali, indépendance prochaine du Cameroun et du Nigeria, formation d’un bloc africain aux Nations-unies ».

[30] En décembre 1961, l’ambassadeur français répertorie en Guinée au moins 1200 techniciens provenant des pays communistes (AMAE, Afrique Levant 1960-1965 (Guinée), vol. 62, télégramme de l’ambassade de France à Conakry, 14 décembre 1961).

[31] Foreign Relations of the United States (FRUS) 1961-1963, vol. xxi, Memorandum from Samuel Benk of the National Security Council Staff to the President’s Deputy Special Assistant for National Security Affairs, May 17, 1963.

[32] Guia Migani, « L’indépendance par la monnaie : la France, le Mali et la zone franc, 1960-1963 », Relations internationales, n° 133, printemps 2008, p. 21-39.

[33] FRUS 1961-1963, vol. XXI, Memorandum from the Assistant Secretary of State for African Affairs (Williams) to the Secretary of State, November 23, 1963. Voir aussi les mémoires des ambassadeurs américains en Guinée : John H. Morrow, First American Ambassador to Guinea (New Brunswick : Rutgers University Press, 1968) ; William Atwood, The Reds and the Blacks : a personal adventure (New York : Harper & Row, 1967). Le « tournant africain » de la politique américaine se situe en 1957 : après un voyage en Afrique Nixon, à l’époque vice-président, remet un rapport officiel qui amène à la constitution d’une Direction consacrée à l’Afrique sub-saharienne au sein du Département d’État. Sur ces questions, voir François Durpaire, Les États-Unis ont-ils décolonisé l’Afrique noire francophone ?, op. cit. (cf. note 23), en particulier les pages 257-259 consacrées aux rapports entre Kennedy et Sékou Touré.

[34] François Durpaire, Les États-Unis ont-ils décolonisé l’Afrique noire francophone ?, op. cit., p. 259.

[35] Pour une analyse des relations entre les États-Unis et la France en Afrique noire, et en particulier en Guinée, voir Pierre-Michel Durand, L’Afrique et les relations franco-américaines des années soixante. Aux origines de l’obsession américaine, Paris, L’Harmattan, 2007.

[36] Voir aussi André Lewin, Ahmed Sékou Touré, op. cit, t. iv, p. 161-175 (cf. note 2).

[37] AMAE, De-Ce, vol. 1073, télégramme pour Paris, 25 janvier 1961 ; Archives historiques de l’Union européenne (AHUE), BAC 26/1969, vol. 524, note d’information, 27 février 1961. Sur les réactions que la CEE et la Convention d’association à la CEE suscitent en Afrique dans les années 1960, voir Guia Migani, « La Communauté économique européenne et la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU : la difficile convergence de deux projets de développement pour le continent africain (1958-1963) », Journal of European Integration History, 2007, n° 1, p. 133-146.

[38] Marc Michel, « Les réactions francophones et anglophones face aux premiers regroupements africains » in Marc Michel, Charles-Robert Ageron (dir.), L’ère des décolonisations, Paris, Karthala, 1995, p. 285.

[39] Id.

[40] FRUS 1961-1963, vol. xxi, Circular Telegram from the Department of State to certain African posts, Washington, May 28, 1963, p. 334.

 

La photo d’illustration est un choix de la rédaction de www.afriquesociologie.com

Source photo: webguinee.net

Cet article a été publié initialement sur le site cairn.info (Tous droits reservés)

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