Guinée : l’impact des stratégies de promotion de l’abandon des mutilations génitales féminines


« Les personnes rencontrées (citoyens, personnel de santé et exciseuses) s’entendent pour dire qu’après les « dépôts de couteaux », les exciseuses sont remplacées par des membres de leurs familles et surtout par les agents de santé. Ce remplacement par les agents de santé encourage plutôt la pratique par la réduction des risques sanitaires »

Cette étude a été formulée dans le cadre de l’appui à la direction nationale de la promotion féminine et du genre (Ministère des affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance) Juillet 2017.

Auteur : BARRY Alpha Amadou Bano (Pr. des Universités, Directeur Scientifique du LASAG) barybano@hotmail.com

Depuis plus d’une trentaine d’années, des efforts multiples et diverses ont été entrepris avec une multiplicité d’approches et de stratégies, des centaines d’intervenants nationaux et étrangers et des financements importants pour réduire la prévalence de l’excision en Guinée. En dépit de ces efforts, l’excision n’a pas reculé en Guinée et serait même, selon les données disponibles, en progression. Comment expliquer l’échec de ses stratégies et de ses actions à atteindre les objectifs visés ?

Alpha Amadou Bano Barry

Pr Alpha Amadou Bano Barry (Sociologue) Enseignant-Chercheur . Auteur de « Les violences collectives en Afrique: le cas guinéen  »

En dépit de cette diversité des stratégies menées et de la non réduction de la prévalence de l’excision, est-il possible de déterminer pour les principales stratégies menées des éléments de leur pertinence, de leur efficacité, de leur efficience et de leur impact ?

Ces questions sont au centre de la présente recherche qui est une évaluation qui a utilisé, dans la collecte des données, une abondante recherche documentaire (données administratives et données secondaires) et quelques entretiens avec les acteurs de la promotion de l’abandon de l’excision qui ont permis de déterminer les zones d’enquête (préfectures, communes urbaines/rurales, quartiers/secteurs), les intervenants dans ces zones, les stratégies menées, les périodes et la durée de ces interventions.

Le second instrument utilisé a été le questionnaire qui a permis d’interroger 1 980 personnes sur 2 497 ciblées dans l’échantillon de départ. Sur les 1 980 sondés, 142, 4 sont des médecins, 18 sont des infirmiers, 68 sont des sages-femmes, 43 sont des agents techniques de santé et 9 ont déclaré qu’ils sont des agents de santé sans aucune précision sur leurs niveaux de qualification. L’enquête a aussi rencontré 39 des exciseuses dites « traditionnelles ».

Sur les 1 980 sondés, 197 sont des leaders communautaires (imams, muezzins, chefs coutumiers, etc.). 113 de ces leaders communautaires ont été interrogés en milieu rural et 84 en milieu urbain.

Les enquêtés ciblés et rencontrés habitent onze communes (sept urbaines et quinze rurales) de Guinée (Ratoma, Matoto, Forécariah, Télimélé, Mamou, Labé, Pita, Kouroussa, Kankan, Guéckédou, Kissidougou et N’Zérékoré). A l’intérieur de ces communes, les sondés ont été tirés dans quarante six quartiers et/ou districts et auprès de 105 secteurs et/ou villages. 58% des personnes interrogées habitent en milieu rural et 42% le milieu urbain. Une soixantaine d’entretiens individuels ont été réalisés et trois entretiens de groupe.

Après la collecte, le traitement et l’analyse des données deux catégories d’informations apparaissent. La première porte sur les effets des stratégies de promotion sur la perception et l’opinion des sondés et la seconde sur l’impact réel et perçu de ces stratégies.

Sur le premier aspect, il est possible de conclure que certaines opinions voulues et défendues par les stratégies se sont installées. Il s’agit de la déconstruction du lien entre la religion et l’excision. Les données collectées indiquent que sept sondés sur dix savent que la religion, en particulier celle musulmane ne commande pas l’excision.

Cette opinion installée ne doit exclure les leaders religieux parmi les acteurs sur lesquels il faut travailler, car ils sont considérés par tous les intervenants comme des acteurs qui pèsent et encouragent plutôt, même s’ils disent le contraire lors des entretiens, la pratique de l’excision.

L’autre opinion installée est le fait d’approuver à 83% les différents messages de promotion de l’abandon de l’excision. Cette forte approbation cache de légères différences entre ceux qui habitent en milieu urbain et en milieu rural.

Lorsqu’on regarde l’opinion des populations rencontrées sur les stratégies développées dans le pays, il apparaît que la sensibilisation n’est pas désignée comme la plus appropriée. Elle ne recueille un avis favorable que d’1% des personnes rencontrées.

L’utilisation des SMS et les réseaux sociaux est récente et n’a pas touché beaucoup de personnes. Pourtant et en dépit des difficultés de leurs manipulations qui exigent savoir et compétences en langue française, les SMS et les réseaux sociaux apparaissent comme une stratégie qui pourrait être efficace, pertinente et durable dans la promotion de l’abandon de l’excision dans certaines circonstances surtout avec les jeunes.

La même situation de faible exposition est observable au travers de la tenue des tables-rondes et à des foras. En dépit d’une telle situation, les populations rencontrées apprécient le fait d’avoir le droit de prendre la parole dans ces lieux d’échanges.

Les rites alternatifs sont désignés comme la première stratégie appropriée pour assurer la promotion de l’abandon de l’excision. Ce score des rites initiatiques découle du choix élevé des sondés qui vivent en milieu rural et surtout en région forestière (Guéckédou, Kissidougou, N’Zérékoré).

Les visites à domicile et le dialogue de générations sont aussi fortement souhaités par les habitants en milieu rural. A l’inverse, les déclarations d’abandon et les tables-rondes sont considérées inappropriées. Les supports éducatifs sont l’unique stratégie qui apparait comme durable selon les sondés. Malheureusement, cette stratégie reste encore très marginale sur le terrain.

La reconversion des exciseuses est aussi l’une des plus vieilles stratégies utilisées en Guinée et est très connue par les sondés, en raison de sa forte médiatisation. Néanmoins, les personnes rencontrées (citoyens, personnel de santé et exciseuses) s’entendent pour dire qu’après les « dépôts de couteaux », les exciseuses sont remplacées par des membres de leurs familles et surtout par les agents de santé. Ce remplacement par les agents de santé encourage plutôt la pratique par la réduction des risques sanitaires.

L’identification et la protection des filles sont appréciées par ceux qui habitent en milieu rural. Cependant, les personnes rencontrées sont conscientes de la difficulté pour les filles protégées de rester définitivement non excisées en raison des moqueries de l’entourage et des personnes au courant de cette identification et du rejet de l’entourage.

Dans tous les cas, cette stratégie risque d’être difficile de mettre en œuvre en raison de certaines contraintes comme la véracité des déclarations des ONG et la surveillance des filles. En tout état de cause, il est difficile de se substituer aux familles dans leurs responsabilités de parents qui ont l’obligation de protéger leurs filles contre les violences.

On peut inscrire la pénalisation de l’excision dans le même registre avec toutefois une différence certaine : l’existence d’organes de contrôle et de sanctions contre les déviances.

Certaines de ces stratégies ont été rencontrées d’avantage dans certaines zones que dans d’autres, dans certaines préfectures que dans d’autres.

Enfin et à titre illustratif, on peut dire que les visites à domicile et les tables rondes semblent avoir été surtout développées davantage en milieu rural qu’en milieu urbain. Les rites alternatifs ne l’ont été qu’en milieu rural et les déclarations publiques d’abandon de l’excision l’ont été surtout, mais pas exclusivement, en milieu rural. L’identification des filles non excisées, pour assurer leur protection, et les affiches l’ont été surtout en milieu urbain.

Les préfectures de Kankan, Labé, Télimélé, Kouroussa, Guéckédou et Kissidougou semblent être celles dans lesquelles il y a eu plus de pluralité de stratégies développées. C’est aussi dans ces préfectures que la participation des populations a semblé être la plus significative, surtout pour celles qui vivent en milieu rural.

Après trente ans de promotion d’abandon de l’excision, on peut noter des modifications dans le comportement des populations. Il n’est pas possible d’attribuer ces modifications à une stratégie en particulier, sauf celles en rapport aux opinions qu’on peut rattacher, en grande partie, aux campagnes d’IEC.

La prévalence de l’excision reste encore forte, mais il y a des frémissements qui suggèrent une tendance à la baisse qui avait été ressentie dans les EDS de 2005 et 2012 et qui se confirment par la présente étude avec une prévalence de 96% des mères rencontrées et de 40% des filles de ces mêmes femmes. Certes, plusieurs mères disent attendre la disponibilité de la fille (les vacances scolaires), l’âge des filles et les moyens pour faire face à l’excision. Mais il est fort probable que la proportion de la dernière génération des filles soit moins importante que celle des mères.

Les changements les plus significatifs sont observables sur le lieu, l’âge, le nombre, le type, l’âge de l’excision et les acteurs qui interviennent dans le processus de l’excision. L’excision est passée de la « brousse » avec des exciseuses traditionnelles vers les structures de santé. Alors qu’il n’y avait que 18% des mères qui avaient été excisées dans une structure sanitaire (on pourrait dire dans les 15 années de l’indépendance de la Guinée), c’est le cas de 31% des aînés, de 34% des cadettes et à 42% pour les benjamines.

L’autre tendance qui se dessine sur le lieu de l’excision est le fait de transporter l’excision dans le domicile des parents ou dans celui de l’exciseuse en milieu rural. Le fait de transformer le domicile de l’exciseuse en un lieu double d’excision et de convalescence perpétue la tradition de la case de l’excision des anciens temps avec l’exciseuse « opératrice sanitaire » de l’acte et « gardienne de la tradition et de la diffusion initiatique » comme dans les temps anciens.

Cette médicalisation de l’excision est un gain dans la santé, mais ne protège pas totalement les excisées de complications sanitaire juste après l’acte. 90 familles (54 en milieu rural et 36 en milieu rural) ont indiqué avoir constaté des complications sanitaires sur leurs filles dès après l’excision.

L’âge de l’excision glisse et se fait autour de 7 à 10 ans et entre 10 et 13 ans pour la très grande majorité. A partir de 13 ans, l’intensité baisse sérieusement et devient rare au-delà de 16 ans, sauf dans la région forestière où l’excision est aussi initiatique. Les variations entre milieu urbain et celui rural est faible, à l’exception de l’excision après 16 ans qui ne concerne que le milieu rural.

Il apparaît aussi que les grandes masses de filles qui déambulent dans les rues dans leurs tenues particulières est invisibles, car l’excision s’individualise en milieu urbain même si elle reste encore collective en milieu rural.

Les modifications les plus tangibles des campagnes de promotion de l’abandon de l’excision se remarquent surtout sur le type d’excision. Alors que le type dominant du temps des mères était « d’enlever des chaires de la zone vaginale » avec 70% des mères rencontrées, cette proportion descend à 61% chez les aînés avant de se situer à 41% chez la benjamine.

Le fait « d’entailler » qui concernait 28% des mères est passé à 43% pour les aînés des filles à 54% pour les benjamines. A l’époque des mères, personne ne faisait « semblant » et très peu procédait à la « fermeture du vagin ». Le « faire semblant » progresse lentement chez les filles en zone rurale passant de 1% à 2% et un peu plus rapidement en zone urbaine passant de 1% à 5%.

Même s’il est impossible d’attribuer cette situation aux campagnes de promotion de l’abandon de l’excision, on constate aussi le recul du père comme contributeur financier principal de l’excision qui laisse la place à son épouse.

On peut aussi constater des effets des différentes campagnes de promotion de l’abandon de l’excision sur la personne qui prend la décision sur le type d’excision pratiqué sur les filles. Si du temps des mères rencontrées, la décision venait d’abord de leur mère avec des pères qui ne venaient qu’en quatrième position, bien après les homonymes, les grands-mères, les tantes paternelles et les exciseuses, on se rend compte qu’avec les filles de ces femmes la mère reste toujours une actrice majeure, mais le père reprend de l’importance et se positionne juste derrière son épouse.

Le père et la mère n’apparaissent pas comme ceux qui accompagnent les filles dans les structures sanitaires. Dans cette tâche, les « tantes paternelles » et les « homonymes sont les plus actives et précèdent les mères.

Cependant, il existe une tendance qui refait surface dans les communautés peulhs et malinkés de revenir à l’infibulation. Ce souhait est inquiétant et pourrait découler des problèmes dans la gestion de la sexualité des adolescents, mais aussi l’effet de nouvelles orientations religieuses. Si cette seconde hypothèse, la Guinée devrait s’inquiéter.

Les impacts les plus significatifs sont dans le domaine des indicateurs de processus (le nombre de personnes mobilisées, informées et/ou sensibilisées, le nombre d’ateliers, etc.). Les progrès sont réels dans la formation et l’outillage théorique et pratique des acteurs de l’excision (personnel de santé et exciseuses, religieux, auxiliaire de justice, journalistes et autres acteurs). Cependant, ces acteurs n’ont pas encore joué suffisamment leur rôle dans l’impact sur l’abandon de l’excision. On peut même dire que les effets boomerang sont importants chez certains acteurs comme le personnel de santé avec la forte médicalisation de l’excision.

Enfin, les campagnes de promotion de l’abandon de l’excision ont permis d’asseoir des opinions, mais pas encore des attitudes et des comportements attendus : la baisse significative de la prévalence de l’excision. Il reste donc le gros du chantier, celui d’opérer « l’ensemble des changements significatifs et durables dans la vie et l’environnement des personnes et des groupes ayant un lien de causalité direct ou indirect avec les projets menés ».

RÉSULTATS

A/ PROFIL DES ENQUÊTÉS

Après épuration des données, il est resté dans la base 1980 personnes sur 2090 ciblés dans l’échantillon de départ. La faible qualité de certaines fiches a imposé cette épuration lors de la saisie des données.

Sur les 1980 sondés, 142 sont des agents de santé. Dans ces 142,4 sont des médecins, 18 sont des infirmiers, 68 sont des sages-femmes, 43 sont des agents techniques de santé et 9 ont déclaré qu’ils sont des agents de santé sans aucune précision sur leurs niveaux de qualification. L’enquête a aussi rencontré 39 des exciseuses dites « traditionnelles ».

Sur les 1 980 sondés, 197 sont des leaders communautaires (imams, muezzins, chefs coutumiers, etc.). 113 de ces leaders communautaires ont été interrogés en milieu rural et 84 en milieu urbain.

Dans tous les cas, les enquêtés ciblés et rencontrés habitent onze communes (sept urbaines et quinze rurales) de Guinée (Ratoma, Matoto, Forécariah, Télimélé, Mamou, Labé, Pita, Kouroussa, Kankan, Guéckédou, Kissidougou et N’Zérékoré). A l’intérieur de ces communes, les sondés ont été tirés dans quarante six quartiers et/ou districts et auprès de 105 secteurs et/ou villages.

58% des personnes interrogées habitent en milieu rural et 88% sont des femmes. De cet effectif de 1 980 personnes rencontrées, 13% ont moins de 20 ans, 28% ont entre 20 ans et 34 ans, 32% ont entre 35 ans et 49 ans, 18% ont entre 50 ans et 64 ans et 9% ont 65 ans et plus.

32% des sondés n’ont pas été scolarisés, 7% sont alphabétisés et 18% ont fait l’école coranique. 12% ont fréquenté l’école primaire, 15% le collège, 10% le lycée, 5% des études universitaires et 1% une formation professionnelle.

Pour l’essentiel, les sondés sont de religion musulmane (77%) et chrétienne (21%). 1% disent n’appartenir à aucune religion. Les 77% qui se déclarent de religion musulmane, 26% disent n’appartenir à aucune confrérie et 47% à celle Tijâniyya. Ceux qui se déclarent Ahloussounna Wal Djama (18%) précédent, et de loin, ceux qui se déclarent Wahhabya (7%), Qadiriyya (5%), Malikite (4%) et Chiite (moins de 1%).

De même, les mariés sont les plus nombreux avec 70% des sondés. Ils sont suivis par les célibataires (15%), les veufs/veuves (11%) et 4% de divorcés. La surreprésentation des femmes dans l’échantillon explique la forte présence des ménagères (44%) qui devancent de très loin les agriculteurs/planteurs/pêcheurs (14%), les élèves/étudiants (14%) et des commerçants (9%). Les autres catégories (Fonctionnaire, Employée secteur privé, Chômeur, Ouvrier/Artisan et Retraité) pèsent de 6% pour le premier à 2% pour l’avant dernier et le dernier cités en passant par 5% et 4% pour, respectivement le second et le troisième.

Les sondés rencontrés habitent, pour 52%, dans des maisons individuelles et 30% dans des concessions (ensemble de bâtiments et de chambres à l’intérieur d’une cour) et 17% dans des cases. Dans ces logements, le téléphone et la radio sont les équipements les plus courants.

Dans l’échantillon, 39% des répondants ont déclaré appartenir à la communauté « Peulh » et 27% de celle « Malinké ». Il y a 18% qui se déclarent « Kissien », 8% « Soussou », 6% « Kpèlè » et 2% « Loma ».

Le profil des sondés indique certaines distorsions par rapport à la population guinéenne. L’une de ses distorsions découle de la surreprésentation des femmes (88%) de l’échantillon. Cette distorsion est voulue et acceptée dans cette étude en raison du fait que deux catégories de femmes ont été ciblées en même temps : des femmes qui ont des filles en âge d’excision et des femmes au sein des structures sanitaire (poste de santé, centre de santé, hôpital, clinique et centre hospitalier universitaire).

B/ L’EXCISION EN GUINÉE : MODIFICATION ET CONTINUITÉ

 1- LIEUX, PÉRIODES ET AGE DE L’EXCISION : MULTIPLES

Un regard sur les données portant sur l’excision montre que l’excision est et demeure une pratique largement répandue. 96% des mères disent être excisées et elles disent avoir 40% de leurs filles excisées. Celles qui ne le sont pas attendent, selon les mères, l’âge et les moyens pour procéder à l’excision.

Un regard sur le lieu d’excision des filles de plusieurs filles au sein des mêmes familles montre une tendance de fond : le principal lieu d’excision de la génération actuelle (moins de 35 ans) est le centre de santé. Du temps des mères, il n’y avait que 18% (10% de ces 18% qui habitent en milieu urbain et 8% de ces 18% habitent le milieu rural) qui l’ont été dans un centre de santé, 27% en brousse.

Pour les filles les plus âgées (autour de la trentaine), le nombre excisé dans les centres de santé (31%) dépasse significativement la proportion de celles excisées en « brousse » (19%). La proportion de celles excisées au domicile de leurs parents (12%) est proche de celles qui l’ont été au domicile des exciseuses (10%), du poste de santé (8%) et de la forêt (7%).

Les secondes filles dans les familles des sondés ont aussi été excisées d’abord dans les centres de santé (34%), bien loin devant la « brousse » (20%) qui est le double de la proportion des filles excisées dans le domicile parental (11%), au domicile des exciseuses (10%) et au poste de santé (10%).

Les troisièmes filles des familles l’ont été surtout dans les centres de santé (42%) et la brousse (15%) avec un écart de plus en plus marqué. Le domicile des exciseuses suit (13%) et précède le poste de santé (9%) et le domicile parental (8%). La même tendance est observable au niveau des filles les plus jeunes dans les familles où le centre de santé reste le principal lieu d’excision (42%) suivi de très loin par la « brousse » (14%) et le domicile des exciseuses (19%).

Graphique 1 : Comparaison des lieux d’excision de quatre groupes de filles au sein des familles sondées.

Graphique 1

Deux données interpellent et demandent des explications : la baisse de la proportion des filles excisées dans le domicile parental (passant de 12% à 6%) et l’accroissement de la proportion des filles excisées dans le domicile des exciseuses (passant de 10% à 19%). Sommes-nous en face d’une mutation du lieu d’excision ou d’une incohérence des données collectées ?

Une analyse plus fine des données permet d’expliquer cette situation par la forte présence dans l’échantillon des populations des zones rurales par rapport à des études antérieures, notamment celle portant sur les déterminants socio-anthropologiques de l’excision en Guinée réalisée par nous en 2015.

En effet, il existe une tendance manifeste des familles sondées qui vivent en milieu rural de faire du domicile des exciseuses le lieu de l’excision et même d’hospitalisation. Dans une telle situation, l’exciseuse n’est pas seulement une opératrice « sanitaire » de l’acte, elle joue aussi le rôle de gardienne de la tradition et en charge de sa diffusion initiatique comme dans les temps anciens.

En milieu rural, l’excision est plus collective qu’individuelle. C’est le point de vue de 59% des sondés qui affirment que l’excision regroupe « plusieurs filles d’une même génération ». Pour 23%, l’excision regroupe « des sœurs d’une même génération » et 18% disent que l’excision concerne chaque fille à part. Cette dernière situation se rencontre en milieu urbain.

Dans les familles où les filles ne sont pas scolarisées, les moments de l’année pendant lesquels l’excision se pratique sont au nombre de quatre : la période de récole (entre novembre et janvier), la période de l’harmattan (de février à avril), pendant la période de labour (entre mai et juillet) et en pleine saison des pluies (vacances scolaires).

De même que le lieu et la période de l’excision sont multiples, les données suggèrent que l’âge de l’excision l’est aussi avec deux groupes d’âges de concentration : entre 7 ans et 10 ans (37% des filles se font excisés) et entre 10 ans et 13 ans (33% autres filles). L’excision qui commence tôt, avant 4 ans ne concerne que 5% des filles. Elle prend une certaine ampleur entre 4 et 7 ans. A partir de 13 ans, l’intensité baisse avec 5% et devient rare au-delà de 16 ans. Les variations entre milieu urbain et celui rural est faible, à l’exception notable du fait que les cas d’excision après 16 ans où l’excision ne concerne que le milieu rural.

Tableau 1 : Age de l’excision en fonction de la zone d’habitation.

Tableau 1

Cette excision collective s’accompagne d’un sentiment d’attente de l’entourage et de la famille. En effet, près de la moitié des sondés (49%) estiment que l’entourage s’attend qu’eux excisent leurs filles. C’est aussi la même proportion que l’on retrouve au sein de la famille.

2- AGENT DE SANTÉ ET EXCISEUSE : EXCISENT TOUJOURS

Un regard sur la personne qui procède à l’excision en milieu rural et en milieu urbain confirme que le personnel de santé (sage-femme, infirmière, médecin et autres personnels de santé) précède (57%) les exciseuses et les accoucheuses (43%).

On se rend compte que de la première à la quatrième fille, la proportion des filles excisées par les exciseuses traditionnelles en milieu urbain régresse au fil des générations alors qu’elle augmente pour le personnel de santé.

Par exemple, en milieu urbain, la proportion des filles excisées par les sages-femmes progresse, de façon légère, mais continue entre la fille la plus âgée de chaque famille à la plus jeune. Le même phénomène est perceptible dans le cas des médecins qui passent de 12% pour la fille la plus âgée à 16% pour la plus jeune comme agent d’excision.

Tableau 2 : Personne ayant effectué l’excision des quatre filles au sein de chaque famille en fonction de la zone d’habitation.

Tableau 2

Cette médicalisation de l’excision ne protège pas totalement les excisées de complications sanitaire juste après l’acte. 90 familles (54 en milieu rural et 36 en milieu rural) ont indiqué avoir constaté des complications sanitaires sur leurs filles dès après l’excision.

Les mères de ces filles ont répertorié avec précision la liste des complications sanitaires qu’elles mettent en lien direct avec l’excision. Il s’agit, dans l’ordre, des problèmes de santé au moment des menstruations, des saignements et des douleurs lors de l’excision et après, d’autres complications pendant l’excision, de l’anémie, des problèmes lors des rapports sexuels, des problèmes de rétention urinaire et des infections.

Tableau 3 : Liste des complications rencontrées par les familles à la suite de l’excision de leur fille.

Tableau 3

3- TYPE D’EXCISION : MULTIPLE ET EN ÉVOLUTION

La mutation des acteurs de la pratique de l’excision s’accompagne aussi de changement dans le type d’excision pratiqué de la mère aux filles, des plus âgées des filles aux plus jeunes.

70% des mères des filles rencontrées ont indiqué que le type d’excision pratiqué sur elle à été « d’enlever des chaires de la zone vaginale ». C’est le cas de 72% des mères qui habitent en milieu rural et de 67% pour celles qui habitent en milieu urbain.

Cette proportion est de 61% chez les plus âgées (66% en milieu rural et 56% en milieu urbain). Entre la fille la plus âgée de la famille à la plus jeune, la proportion « d’enlèvement de la chaire de la zone vaginale » est passée de 61% à 41%.

28% des mères affirment que le type d’excision pratiquée sur elle a été le fait « d’entailler » (32% en milieu urbain et 25% en milieu rural). Au niveau de leurs filles, la proportion est passée de 43% en milieu urbain pour les filles les plus âgées à 54% chez les plus jeunes. Inversement, la proportion chez les filles qui habitent en milieu rural est passée de 36% chez les plus âgées à 54% chez les plus jeunes.

A l’époque des mères, personne ne faisait « semblant » et très peu procédait à la « fermeture du vagin ». Le « faire semblant » progresse lentement chez les filles en zone rurale passant de 1% à 2% et un peu plus rapidement en zone urbaine passant de 1% à 2% et la dernière génération excisée à 5%.

Le fait « d’entailler » progresse aussi plus rapidement en milieu rural passant de 36% chez les filles les plus âgées à 56% pour les quatrièmes filles des familles. Enfin, on se rend compte aussi que le fait « faire semblant » est plus urbain que rural, alors que le fait de « fermer le vagin » est exclusivement rural.

Graphique 2 : Type d’excision de quatre groupes de filles au sein des familles sondées en fonction de la zone d’habitation.

Graphique 2

Ce type pratiqué sur les filles au sein des ménages sondés ne correspond pas, néanmoins, au souhait exprimé par les mères ni des types pratiqués selon le personnel de santé. Dans les préférences des mères, le choix premier est le fait « d’entailler » selon 37%. Le fait de « faire semblant » recueille l’assentiment de 27% des mères. 25% des mères souhaitent « enlever des chairs de la zone génitale » et 11% souhaitent « la fermeture du vagin ».

Si le souhait « d’enlever des chairs de la zone génitale » et « faire semblant » sont sensiblement la même en milieu urbain qu’en milieu rural, le souhait « d’entailler » est aussi proche entre les mères qui habitent en milieu rural (40%) et celles qui habitent en milieu urbain (32%).

La particularité des données provient de la volonté de revenir à une pratique très ancienne (infibulation) et qui pratiquement tend à disparaître. Non seulement 11% des femmes sondées le souhaitent, mais cette proportion est plus forte en milieu urbain avec 14% de ces femmes qui le souhaitent. C’est parmi les femmes des ethnies peulhs et malinkés que l’on rencontre les mères qui souhaitent un retour à cette pratique qui tend à disparaître. Un tel souhait pourrait s’expliquer, probablement, par des expériences familiales liées à des grossesses précoces qui s’expliquent souvent au sein des familles par le besoin sexuel effréné que l’on attribue aux filles non excisées.

Tableau 4 : Type d’excision souhaité par les mères rencontrées en fonction de la zone d’habitation.

Tableau 4

Ces intentions en matière de type d’excision des mères qui ne se reflètent pas sur le type d’excision pratiqué sur les filles demandent des explications. Cet écart entre les souhaits des mères et la réalité des types pratiqués sur leur fille pourrait résulter de l’influence des exciseuses. Il se peut aussi que cet écart trouve son explication dans un environnement socioculturel qui empêche et/ou qui limite la possibilité de transformer un souhait en réalité. La volonté de certaines de revenir à l’infibulation, alors qu’elles mêmes n’ont pas vécu cette pratique pourrait s’expliquer par les difficultés de la gestion sexuelle de leur fille. Elles pourraient s’imaginer qu’une infibulation aurait été un instrument « reposant » pour elles dans la gestion de la sexualité de leur fille.

Lorsque la question sur le type d’excision a été posée au personnel de santé, 47% affirment que le fait « d’entailler » est le type le plus pratiqué. Très loin derrière avec 28% des sondés, le fait « d’enlever des chairs dans la zone vaginale » suit et précède les autres types : « faire semblant » (13%) et l’infibulation (12%).

Les exciseuses semblent davantage pratiquer le fait « d’enlever des chairs dans la zone vaginale » et, dans une moindre mesure, « entailler ». Les sages-femmes « entaillent » plus et par la suite « enlève des chairs dans la zone vaginale ». Elles font aussi « semblant » et de l’infibulation dans les mêmes proportions. Les ATS, infirmier et médecin « entaillent » d’abord et font les autres types dans les mêmes proportions. L’infibulation semble être une technique que les exciseuses ne maîtrisent plus. Lorsque l’infibulation est pratiquée, les données suggèrent qu’elle est le fait du personnel de santé et dans l’ordre, les sages-femmes, les agents techniques de santé et les infirmiers.

4- QUI DÉCIDE DU TYPE D’EXCISION

La mutation dans la pratique de l’excision est aussi observable sur la personne qui prend la décision sur le type d’excision pratiqué sur les filles. Du temps des mères rencontrées, la décision venait, pour 28% des sondés, de leur mère. Le père ne venait qu’en quatrième position (11%) à égale distance avec le pouvoir des homonymes (11%), bien après les grands-mères (16%) et les tantes paternelles (15%). Les exciseuses (10%) étaient proches du père dans la capacité de prise de décision.

Les données indiquent aussi, à l’époque de l’excision des mères, la force des mères dans le choix du type d’excision qui était plus importante en milieu urbain (33%) qu’en milieu rural (25%). La même situation d’un plus grand pouvoir dans le choix du type d’excision est observable chez les grands-mères en milieu urbain plus qu’en  milieu rural. Par contre, en milieu rural la force des exciseuses était plus importante qu’en milieu urbain.

Lorsqu’arrive le tour des filles, les quatre acteurs majeurs restent toujours d’inégales importances avec la mère d’abord, mais la place du père change quittant la 4ème place pour la seconde et, très loin derrière, les tantes paternelles et les grands-mères suivent davantage en milieu urbain. Les exciseuses gardent leur position surtout en milieu rural et les homonymes baissent dans leur capacité de choisir le type d’excision pratiquée.

Tableau 5 : Qui décide de la forme d’excision des quatre filles au sein de chaque famille en fonction de la zone d’habitation.

Tableau 5

Sur le type d’excision, le personnel de santé est formel, très peu de parents (12%) sollicitent un type particulier d’excision. Lorsque des membres de la famille interviennent pour solliciter un type d’excision, ils s’adressent surtout aux sages-femmes.

Les données suggèrent que l’accompagnement des filles dans les lieux d’excision (structures de santé et domicile des exciseuses) se fait par presque tous les membres de la famille. 20% des agents de santé et des exciseuses désignent les « tantes paternelles », les « homonymes suivent avec 18% et précèdent les mères et « d’autres membres de la famille » qui suivent avec 16% dans chaque cas selon le personnel de santé et les exciseuses. Les « grands-mères » (14%) précèdent de peu les « tantes maternelles » (13%). Les pères ferment la marche avec 2% selon le personnel de santé et les exciseuses.

Lorsqu’on regarde exclusivement les affirmations des exciseuses, on voit que les « grands-mères » accompagneraient les filles à l’excision bien avant les mères et les homonymes. Au niveau du personnel de santé, il semble que les tantes paternelles accompagnent les filles bien avant les homonymes et « d’autres membres de la famille ».

Les contestations d’autres membres de la famille sont rares et ne concernaient selon le personnel de santé et les exciseuses que 3%. Ces contestations s’orientent exclusivement en direction des exciseuses.

5- COUT DE L’EXCISION

Alors que le père était le principal contributeur au financement de l’excision pour les filles les plus âgées, on voit se dessiner le retrait du père et une prise en charge financière de la mère. Si pour la fille la plus âgée, les sondés à 40% disent que c’est le père qui a assumé le coût de l’excision, cette proportion retombe à 27% dès la seconde et se stabilise à 26% chez la plus jeune dans les familles.

Le trajet de la mère prend le sens inverse de la courbe du père passant de 30% pour les plus âgées des filles à 45% dès la seconde fille. La même tendance est observable du côté des « homonymes » des filles à exciser. La courbe de la grand-mère, elle, suit celle du père alors que la position des tantes paternelles est stable de la 1ère à la quatrième fille (autour de 12%).

Tableau 6 : Prise en charge des coûts de l’excision au sein des familles pour quatre filles.

Tableau 6

L’excision a un coût. Celui-ci est monétaire et/ou en nature. Pour près de la majorité des sondés (40%), le coût de l’excision serait inférieur à moins de 50 000 GNF. Le tiers des sondés disent avoir déboursé entre 50 000 GNF à 100 000 GNF. 7% des sondés indiquent avoir déboursé plus de 100 000 GNF. 5% des sondés disent avoir utilisé des paiements en nature dans lesquels on rencontre surtout du riz, de la cola (pas les noix symboliques) et de l’huile de palme. Enfin, 3% des sondés se sont acquittés des frais d’excision en combinant de la monnaie avec des produits agricoles (riz, colas et huile de palme.

En dépit du niveau de pauvreté en milieu rural guinéen, l’excision serait plus coûteuse qu’en milieu urbain. Lorsque le paiement est supérieur à 100 000 GNF, la différence est nette entre les familles qui vivent en milieu urbain et en milieu rural (3% des familles en milieu urbain contre 10% pour celles en milieu rural). C’est aussi surtout en ville que l’on rencontre la plus forte proportion des familles qui ne se souviennent pas du coût de l’excision.

Tableau 7 : Coût de l’excision payé par les familles des sondés en fonction du milieu d’habitation.

Tableau 7

C/ LES STRATÉGIES DE PROMOTION DE L’ABANDON DE L’EXCISION EN GUINÉE

I/ LA PROMOTION DE L’ABANDON DE L’EXCISION : UNE EXPÉRIENCE ANCIENNE ET DES RÉSULTATS MITIGES

En Guinée, le premier texte interdisant l’excision date de 1965. Sans plus ni moins, c’est finalement à partir de 1990 que le Comité National de Lutte contre la Pratique de l’Excision mis en place élabore une politique de promotion d’abandon de l’excision (1990-2005). Cette politique s’articule autour de 6 axes stratégiques d’intervention qui sont :

  1. La sensibilisation (informations sur les risques de l’excision à travers l’IEC) ;
  2. La formation ;
  3. La recherche ;
  4. La réparation des séquelles de l’excision ;
  5. La répression ;
  6. L’influence par le lobbying.

En 2012, sous l’impulsion de l’UNICEF, de l’UNFPA et de la GIZ, un plan d’action, dénommé « Plan Stratégique National de l’abandon des mutilations génitales féminines 2012-2016, PSN », assorti d’une feuille de route est élaboré. Ce plan d’action prévoit, pour son opérationnalisation, la mise en place d’un Comité National Multisectoriel de Coordination des Actions de promotion de l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines regroupant l’ensemble des acteurs clés (Gouvernement, partenaires techniques et financiers, et société civile) avec une feuille de route de 2013 à 2017.

Ce comité a pour mission de faciliter la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre du PSN, de définir les orientations nationales, d’élaborer une stratégie nationale assortie d’une cartographie des interventions, d’initier et valider les études et enquêtes relatives à la promotion de l’abandon de l’excision, suivre et évaluer l’impact des actions menées dans le domaine de l’abandon de la pratique de l’excision.

Ce comité, dans sa mise en œuvre des actions, s’appuie sur un Secrétariat Exécutif qui est une structure technique dont les cadres sont désignés par le Comité National sur une base compétitive.

Ce comité a des structures décentralisées tant au niveau de la région avec les Comités Régionaux pour la promotion de l’Abandon des MGF (CRAMGF) et au niveau préfectoral par les Comités Préfectoraux pour la promotion de l’Abandon des MGF selon le schéma ci-dessous :

Organigramme 1

Ce dispositif institutionnel est sensé assurer la cohérence des interventions et la synergie des actions des différents acteurs de la promotion de l’abandon de l’excision autour de quatre axes : la coordination, le suivi-évaluation, la communication pour le changement de comportement et le partenariat intersectoriel.

Dans l’axe 1 (la coordination), la philosophie du PSN insiste sur la nécessité de la mise en place d’un mécanisme de « coordination impliquant l’ensemble des acteurs et intervenants dans la lutte contre les MGF/E et ce à tous les niveaux » (PSN, 17 : 2015). Pour s’assurer de la faisabilité d’un tel mécanisme, il a été décidé de la mise en place non seulement d’un secrétariat permanent et des antennes pour mailler le territoire national.

L’axe 2 porte sur le suivi évaluation avec la volonté affichée d’élaborer des outils de suivi évaluation comportant « un répertoire des intervenants dans le cadre des MGF, l’organisation des sessions du comité de pilotage, des réunions techniques avec les intervenants, les visites de terrain » (PSN, 21 : 2015). Il est aussi projeter dans le cadre de ce suivi évaluation, la réalisation d’études, d’enquêtes et de recherches action pour documenter « la prévalence, l’incidence et les déterminants de la persistance de la pratique de l’excision afin de développer des stratégies nouvelles adaptées au contexte nouveau » (PSN, 21 : 2015).

Le troisième axe cible la communication pour le changement de comportement à travers quatre actions : le plaidoyer, la communication interpersonnelle, la mobilisation sociale et le renforcement des capacités des acteurs. Dans ce cadre, le PSN prévoit la mise en œuvre de deux stratégies (le dialogue de générations et l’approche communautaire basée sur les droits humains) qui sont considérées par les autorités guinéennes et ses partenaires comme novatrices.

Des activités de formation en direction de plusieurs acteurs de l’excision et l’approche juridique sont sensées complétées le dispositif avec des comités médico-communautaires constitués d’agents de santé, de leaders religieux, d’officiers de police judiciaire et les représentants des organisations à base communautaire et de jeunes filles non excisées pour devenir des pairs éducateurs.

Le quatrième axe de la PSN porte sur le renforcement des capacités individuelles, organisationnelles, institutionnelles et la mise en réseau des différents acteurs de la promotion de l’abandon de l’excision pour s’assurer de la mise en œuvre des procédures standardisées, harmonisées et intégrées des différents et innombrables acteurs.

Parmi les actions menées sur le terrain en Guinée, on peut distinguer sept stratégies :

  • Informations sur les risques sur la santé (IEC) à travers une pluralité de supports (affiches, SMS, théâtres, boîtes à images, réseaux sociaux, etc.) ;
  • Formation des professionnels de la santé ;
  • Reconversion des exciseuses ;
  • Développement des rites alternatifs ;
  • Développement social intégral avec déclarations publiques ;
  • Identification et protection des filles non excisées ;
  • Mesures légales de nature juridique.

Dans le cadre de la présente évaluation, deux aspects ont été observés. Le premier porte sur l’analyse que les sondés portent sur les stratégies mises dans leur zone d’habitation. La seconde porte sur l’analyse de l’opérationnalité de la structure de coordination, de supervision et de contrôle des stratégies de promotion de l’abandon de l’excision.

Ces différentes stratégies ont été mise en œuvre par des ONG nationales, internationales, des services de l’Etat (décentralisés et/ou déconcentrés) dans le cadre de projets, de programmes et autres initiatives.

Sur le terrain, 71% des sondés déclarent connaître l’existence d’ONG intervenant dans la promotion de l’abandon de l’excision dans leur zone d’habitation. La connaissance de l’existence d’ONG dans la zone d’habitation est plus forte en milieu rural qu’en milieu urbain (deux fois plus de sondés en milieu rural qu’en milieu urbain).

Les données suggèrent que ces ONG et autres interviennent depuis très longtemps. Pour 28% des sondés, les ONG interviennent dans leur localité entre 5 ans et 9 ans. 23% datent à deux ans l’existence des ONG de promotion de l’abandon de l’excision, 23% à quatre ans, 15% à trois ans et 8% pour une année.

Voir _  TABLEAU SYNTHESE DES STATEGIES
II/ STRATÉGIES MULTIPLES ET RÉSULTATS SIMILAIRES : PERPÉTUATION DES MGF

Lorsqu’on regarde les différentes stratégies développées sur le terrain dans les zones d’enquête, l’on se rend compte que certaines ont été mises en œuvre davantage en milieu rural qu’en milieu urbain. D’autres l’ont été davantage dans certaines préfectures que dans d’autres et enfin une stratégie (la sensibilisation) l’a été de la même façon avec la même intensité sur l’ensemble des préfectures concernées par la présente enquête. Le texte qui suit présente ces stratégies et les perceptions que les sondés ont de la pertinence, de l’efficacité, de l’efficience et de l’impact.

Pour appréhender ces différents aspects, le texte qui suit aborde successivement les différentes approches dans l’ordre l’IEC qui englobe les affiches, les boîtes à image, les supports éducatifs, les films, le théâtre, les SMS, les visites à domicile, les tables-rondes, les réseaux sociaux et les fora ; la formation des acteurs de l’excision (agents de santé, religieux et autres acteurs) ; les rites alternatifs et les solutions communautaires avec le dialogue des générations et les réunions d’échanges entre filles excisées et non excisées ; le développement social intégral avec déclaration publique ; la reconversion des exciseuses ; la protection des filles non excisées ; l’approche juridique et enfin une tentative d’analyse de l’impact des stratégies.

I. INFORMATIONS SUR LES RISQUES SUR LA SANTÉ (IEC)

Historiquement, on peut dire que les premières approches expérimentées en Guinée ont été des informations sur les risques sur la santé avec très souvent des supports utilisés lors de certaines campagnes, au niveau du counseiling et lors des consultations prénatales (CPN) et des consultations post-natales (CPON).

Cette orientation n’est pas spécifique à la Guinée. Dans presque tout les pays qui font face à une forte prévalence de l’excision, l’accent à été mis sur la fourniture d’informations sur les risques associés à l’excision sur la santé des femmes, en particulier celle de la santé sexuelle et reproductive. L’idée de base est de considérer qu’une « meilleure connaissance des effets néfastes sur la santé peut stimuler la réflexion et la pensée critique, conduisant à réduire l’approbation, et finalement, à l’abandon des MGF » (Elise et al., 2013 : 3).

a/ SENSIBILISATION PAR LA RADIO ET LA TV

Dans ce cadre, plusieurs émissions radiophoniques, télévisées et des articles de presse ont été produites. Parallèlement, des ateliers d’informations et de sensibilisation ont assuré des formations au bénéfice des journalistes et des communicateurs. Ils ont commencé depuis Juin 2008 et se poursuivent par la plupart des intervenants.

Cette stratégie est toujours d’actualité et est utilisée par presque tous les intervenants locaux et internationaux. Parfois, elle est utilisée exclusivement et d’autres fois en association ou en appui à une autre stratégie comme on peut le constater dans le tableau récapitulatif des stratégies utilisées en Guinée.

Il est évident qu’un programme « national » de sensibilisation pour des changements de comportements est difficile et coûteux en raison de la nécessité d’assurer la segmentation de la population en groupes cibles. Il est aussi évident qu’une telle stratégie suppose des informations renouvellées sur les mutations sociales. La question qui reste est moins la connaissance de l’excision, de ses méfaits que de savoir comment transformer cette connaissance en attitude pour abandonner l’excision ? Cette question et d’autres sont abordées dans les lignes qui suivent en présentant et en analysant les propos des sondés.

Ceux des sondés rencontrés qui ont été en contact avec la sensibilisation l’ont été surtout une fois (26% des 55% de ceux qui ont affirmé avoir été sensibilisés). 40% de ces personnes disent aussi avoir été satisfaits des contenus de cette sensibilisation. Ces sondés considèrent aussi que la sensibilisation, comme stratégie d’abandon de l’excision, est efficace (41% d’entre eux), pertinente (38%), mais ni suffisamment durable, ni efficiente. Car dans l’un et l’autre des cas, il n’y a que 12% qui considèrent cette stratégie comme durable et 9% comme efficiente.

Dans cette sensibilisation, la radio semble être le canal le plus utilisé et le plus apprécié des sondés. Presque tous les sondés (1 504 sur les 1 980 interrogées, soit 76%) affirment avoir écouté, au moins une fois, un message portant sur la nécessité de l’abandon et/ou des méfaits de l’excision.

De cet effectif, 1 423 (96%) disent que c’est une « très bonne initiative » et/ou une « bonne initiative ». Ils sont aussi à 90% « entièrement satisfaits » et/ou « satisfaits » des messages véhiculés. Si 77% considèrent l’initiative de sensibilisation par la radio comme « efficace », ils ne sont que 20% à considérer l’initiative comme pertinente et encore très peu considère cette stratégie comme efficiente (2%) et durable (1%).

Si la Télévision est appréciée dans des proportions proches de la radio dans la sensibilisation pour la promotion de l’abandon de l’excision, les données suggèrent des différences significatives. Par exemple, le niveau de ceux des sondés qui ne sont pas « satisfaits » est plus élevé au niveau de la TV que de la radio. Mais ceux qui ont été sensibilisés à travers la TV considèrent que ce canal a des effets durables selon 40% d’entre eux et pertinents selon 36% d’entre eux. Ils ne sont que 20% à considérer la TV comme « efficace » et surtout « efficiente ».

Ceux des sondés qui vivent en milieu rural ont des opinions très éloignées aussi que ceux qui vivent en milieu urbain. S’ils partagent avec les urbains la faiblesse de la TV dans l’efficience, l’écart est aussi significatif par rapport à la pertinence, l’efficacité et surtout à la durabilité de ce canal dans la sensibilisation. Le lieu d’habitation, absence d’électricité en milieu rural et même la difficulté d’accéder aux images, pourrait expliquer cet écart dans les opinions des deux catégories de sondés.

Graphique 3 : L’évaluation de la TV dans la promotion de l’abandon de l’excision en fonction de la zone d’habitation

Graphique 3

Les données indiquent que lors de ces sensibilisations, quelque soit le canal utilisé, l’accent est surtout mis sur les arguments sanitaires d’abord et ensuite sur ceux juridiques (l’existence de la loi qui réprime l’excision). Les droits des femmes, au sens de droits humains, suivent et précèdent le fait que des exciseuses aient déposés leurs « couteaux ». Les arguments religieux précèdent les déclarations publiques d’abandon de l’excision.

En fonction de la zone d’habitation, l’on se rend compte des écarts significatifs. Par exemple, les arguments sanitaires sont presque majoritaires dans les zones urbaines (45%). Ils representent le tiers dans les zones rurales. Les écarts sont aussi significatifs dans le cas des arguments religieux (plus du double en milieu rural) et des déclarations publiques d’abandon de l’excision.

Graphique 4 : Les arguments entendus lors des sensibilisations en fonction de la zone d’habitation.

Graphique 4

Quelques soient les arguments avancés lors des sensibilisations, après la radio (29% des sondés), les animateurs des ONG semblent être les seconds relais (19%). Les animateurs des ONG précèdent d’une courte tête les relais communautaires (15%) et les autres intermédiaires comme les leaders religieux (9%). Le personnel de santé (8%) suit et précèdent la TV (7%) et les enseignants dans les écoles (5%). On peut même dire que les deux canaux qui sont en concurrence sont la radio et les animateurs des ONG.

En dépit de cette présence des ONG sur le terrain, la source principale d’informations sur l’excision provient de la radio (30% des sondés), bien loin devant les membres des ONG/associations (17%) et des relais communautaires (15%). Le poids du personnel de santé (10%), comme sources d’informations, est le même que les religieux. Les affiches avec 7% des sondés précèdent la TV (5%), une situation qui est probablement liée à la faiblesse de la fourniture en électricité. En milieu urbain, les SMS fonctionnent un peu, surtout chez les jeunes.

Les données montrent aussi qu’en milieu rural la radio précède de peu les animateurs des ONG. Ce qui n’est pas exactement le cas en milieu urbain. Dans ce cas, les affiches viennent après la radio et précède de peu les animateurs des ONG.

Graphique 5 : Les canaux utilisés dans la promotion de l’abandon de l’excision en fonction de la zone d’habitation des sondés.

Graphique 5

En plus, et parfois en complément ou pour appuyer la sensibilisation, les acteurs de la promotion de l’abandon de l’excision utilisent aussi d’autres supports comme les affiches, les boîtes à image, les films, les théâtres et les supports éducatifs. D’autres stratégies fondées sur la communication de proximité ont aussi été expérimentées. C’est le cas des visites à domicile, des tables-rondes et des foras.

b/ AFFICHES

593 sondés disent avoir été en contact avec des affiches destinées à promouvoir l’abandon de l’excision. Les affiches ont été vues dans les 11 préfectures dans des proportions différentes. Conakry apparaît comme l’endroit ou les sondés ont vu le plus grand nombre d’affiches de promotion de l’abandon de l’excision. Conakry est suivi par Guéckédou, Kissidougou et Kankan.

Sur l’ensemble des sondés ayant été en contact avec ces affiches, il n’y que 12 personnes qui condamnent cette initiative. Tous les autres se répartissent entre ceux qui estiment que c’est une « très bonne initiative » et une « bonne initiative ».

Cette appréciation se reflète aussi dans l’évaluation que les sondés font des affiches vues. Pour l’essentiel, les sondés qui ont vu les affiches considèrent qu’elles sont pertinentes, efficaces et même durables.

c/ BOITES A IMAGES

Les sondés qui ont été en contact avec la stratégie utilisant les boîtes à images sont peu nombreux (164) et semblent se rencontrés dans très peu de préfectures, à l’exception de Labé.

La proportion des sondés la plus forte se trouve dans la catégorie de ceux qui se disent « partiellement satisfaits ». Pour l’essentiel, les sondés qui ont été en contact avec cette stratégie se répartissent, dans des proportions proches, entre les différents critères de l’évaluation. Après la pertinence qui recueille la plus forte proportion, l’efficience suit et précède de peu l’efficacité et la durabilité.

d/ SUPPORTS ÉDUCATIFS

Très peu de sondés (191) ont été en contact avec des supports éducatifs. Ceux qui l’ont été ont été rencontrés surtout dans les localités de Gueckédou, Kissidougou, Kankan, Pita et Ratoma.

Les données indiquent une satisfaction réelle des sondés qui ont été sensibilisés à partir des supports éducatifs. 80% des 191 sondés qui affirment avoir été en contact avec des supports éducatifs disent être « entièrement » et/ou « partiellement » satisfaits.

Contrairement aux autres stratégies utilisées dans la promotion de l’abandon de l’excision, les sondés en contact avec les supports éducatifs considèrent que les supports éducatifs sont pertinents et durables. Le caractère durable d’une stratégie apparaît pour la première fois dans les propos des sondés.

e/ FILMS

355 sondés disent avoir été sensibilisés à partir de films qui traitent de l’excision. L’exposition à un et/ou à des films semble avoir été le propre dans toutes les préfectures ciblés à l’exception de Pita. Sur les 355 sondés qui disent avoir été sensibilisés à partir de films, seul 25 personnes disent ne pas avoir été satisfaits. Pour les sondés, le et/ou les films sont surtout durables. Il n’existe pas de marge suffisante entre la pertinence et l’efficience, mais une marge importante avec l’efficacité.

f/ THÉÂTRE

Le théâtre est une stratégie qui a touché 510 personnes dans presque toutes les préfectures avec une faible situation à Télimélé. Cependant, dans les zones où cette stratégie a été utilisée, la moitié des 510 disent ne pas avoir été satisfaite. Cette situation se reflète dans l’évaluation des sondés qui ne semblent considérer cette stratégie ni pertinente, ni efficace. Ils l’a jugent même très faiblement efficiente et durable.

g/ SMS ET RÉSEAUX SOCIAUX

L’utilisation des SMS concerne 151 sondés qui habitent, pour l’essentiel, dans la commune de Ratoma. L’utilisation des SMS apparaît comme très faible dans toutes les autres préfectures du présent sondage.

La satisfaction est aussi faible, car seul 43 sondés sur les 151 (sensiblement 28%) ont exprimé une satisfaction dans l’utilisation des SMS comme stratégie de promotion de l’abandon de l’excision. Pourtant, même les sondés qui n’ont pas utilisé les SMS sont majoritairement d’accord pour dire que les SMS sont des stratégies qui pourraient être efficaces, pertinentes et durables dans la promotion de l’abandon de l’excision. Probablement, l’incapacité des uns et des autres à utiliser le SMS et l’analphabétisme des populations expliqueraient ce paradoxe : croire à la capacité des SMS et ne pas l’utiliser.

h/ VISITES A DOMICILE

En dépit de la forte présence de la sensibilisation dans les stratégies menées sur le terrain, il semble que les visites à domicile sont la stratégie la plus largement présente dans toutes les communes.

En effet, 724 personnes rencontrées (37%) sur les 1 980 sondés affirment avoir eu, entre une fois et trois fois, des visites à domicile des agents de promotion de l’abandon de l’excision. L’écrasante majorité de ceux qui ont eu des visites à domicile dans la promotion de l’abandon de l’excision disent être « entièrement satisfaits » à 81% et « partiellement satisfaits » à 15% du contenu de ces visites à domicile.

Ces visites à domicile sont considérées comme pertinentes par 40% parmi eux (47% en milieu rural et 31% en milieu urbain) et efficace selon 44% parmi eux (56% en milieu urbain et 35% en milieu rural). Très peu parmi les personnes qui ont eu des visites à domicile considèrent cette stratégie comme efficiente et surtout durable.

Graphique 6 : Évaluation de la stratégie des visites à domicile en fonction de la zone d’habitation.

Graphique 6

Le niveau de satisfaction des visites à domicile pourrait découler du caractère social et donc « humain » de cette stratégie. Le fait de recevoir le promoteur de l’abandon de l’excision dans le cercle familial rend la stratégie plus participative et plus respectueuse de « l’autre », le père et la mère de la fille.

La présence de l’animateur donne un visage et un sens à la question de l’excision et probablement une possibilité d’échanger les angoisses, les réticences et les appréhensions. Dans une société de « contact physique » et de chaleur humaine, la réception du promoteur semble très appréciée.

i/ TABLES-RONDES

Il semble que les tables-rondes, comme stratégie d’abandon de l’excision, ont surtout été développées dans les préfectures de Kankan et Guéckédou et un peu moins à Kissidougou. Elles ne concerneraient aussi que peu de personnes, environ 16% des personnes rencontrées lors du sondage, sensiblement 322 sondés. Sur ces 322, 181 n’ont participé qu’à une seule séance de tables-rondes. Cependant, tous les participants à ces tables-rondes, même en très faible nombre, se disent très largement satisfaits à 99%. Ces sondés considèrent cette stratégie pertinente et efficace, mais peu efficiente et durable.

j/FORA

Les foras, comme stratégie de promotion de l’abandon de l’excision, concernent aussi peu de personnes rencontrées sur le terrain, autour de 337 personnes. Lors de la mise en œuvre de cette stratégie aussi, ceux qui n’ont participé qu’à un seul fora sont les plus nombreux (165 sondés).

Cependant, la totalité de ceux qui ont participé à des foras disent avoir été très satisfaits de l’activité. Ils l’ont été davantage en milieu rural qu’en milieu urbain. Ils considèrent que les foras sont pertinents et efficaces. Mais très peu parmi eux considèrent cette stratégie comme efficiente et durable.

Les données suggèrent que les foras ont surtout été développés dans les préfectures de Guéckédou, Kissidougou, Kankan, Labé et Pita. Dans une moindre mesure dans celle de Kouroussa et pas du tout à Conakry. C’est dans les préfectures de Guéckédou, Kissidougou et Kankan que le niveau de satisfaction est le plus élevé. C’est aussi seulement à Guéckédou que l’on rencontre une forte proportion de sondés qui considèrent que cette stratégie est durable. Un regard sur la qualité des animateurs des ONG opérant dans cette localité pourrait expliquer une telle appréciation.

II. FORMATION DES ACTEURS DE L’EXCISION (AGENTS DE SANTÉ ET AUTRES ACTEURS)

Dès les premières années d’engagement du gouvernement guinéen contre la pratique de l’excision, le personnel de santé a été considéré comme l’un des acteurs qu’il faut mobiliser. Avec l’appui continu de l’OMS, et de l’UNFPA, le personnel de santé a été outillé dans plusieurs ateliers dès 1997. Pour permettre au personnel de santé de jouer un rôle majeur, l’OMS et l’UNFPA ont appuyé les ministères de la santé, de l’action sociale, de la défense et de la sécurité dans six directions :

  • Elaboration de modules intégrés pour les prestataires de santé ;
  • Elaboration de curricula sur l’excision pour les écoles de santé ;
  • Séminaire sur le plaidoyer contre l’excision pour outiller le personnel de santé ;
  • Elaboration du projet conjoint de lutte contre la médicalisation de l’excision ;
  • Intégration de la prévention et de la prise en charge des complications liées aux mutilations sexuelles féminines dans les programmes d’études en soins infirmiers et soins obstétricaux ;
  • Outils de formation de prévention et de prise en charge des complications liées aux MGF ;
  • Elaboration de modules d’IC pour le changement de comportement ;
  • Intégration de la prévention précoce des MGF/E dans le paquet de counseiling lors des CPN et CPON des centres de santé à travers les sages-femmes  et ATS ;
  • Intégration de la prévention et la prise en charge juridique des VBG et MGF/E dans les unités de police (OPROGEM) et de gendarmerie.

Au regard de ces actions, il est possible de noter des efforts significatifs dans la formation et la sensibilisation du personnel médical et paramédical et des élèves en formation dans les écoles de santé.

En 2013, à la suite d’une intense campagne de formation et de sensibilisation des professionnels de santé par le gouvernement et des Agences partenaires du Système des Nations Unies, 250 agents de santé se sont engagés solennellement à abandonner l’excision, et à dénoncer et sanctionner leurs collègues qui les pratiquent.

La campagne a été étendue aux huit écoles de santé du pays, avec l’introduction, depuis 2013, d’un module sur les MGF/E dans le cursus de formation des étudiants en santé. La même année, précisément en mars 2013, le Centre Bernard KOUCHNER a été inauguré par le Président guinéen en compagnie du donateur. Parmi les spécialités de cet hôpital, figure la prise en charge des cas de MGF/E, notamment les opérations de réparation des effets de l’excision.

Avec l’appui technique et financier de l’UNFPA et de USAID, de 2010  à 2016, les hôpitaux régionaux de Kankan et de N’Zérékoré, le centre de formation sociale appliquée Jean Paul II ont assuré la prise en charge intégrée (chirurgicale, médicale et psychosociale) de 80 cas de fistules obstétricales, parmi lesquels 20 ont bénéficié d’une réinsertion socio-économique. En 2015, 150 sages-femmes, infirmières et assistantes médicales à travers le pays, ont été formés sur les moyens de prévention et de prise en charge médicale de l’excision.

La GIZ est aussi un acteur majeur qui a joué et qui joue un rôle auprès du personnel de la santé. Cet organisme d’aide à la coopération allemande a mis en place à partir de 2010 un processus de démédicalisation de l’excision en assurant la formation du personnel de santé, des religieux, les officiers de la police judiciaire, de la gendarmerie et de la justice au travers de quatre activités :

  • La formation des prestataires des structures de santé intégrées pour la démédicalisation de l’excision ;
  • La formation de cinq ONG locales d’encadrement sur l’approche écoute et dialogue de générations ;
  • La mise en place et la formation de trois Comités médico-communautaires sur le suivi des principes directeurs et les normes sociales ;
  • La formation des officiers de la police judiciaire, de la gendarmerie et de la justice sur la connaissance et l’application des textes interdisant la pratique des MGF/E.

Au moment où débute cette évaluation, certaines questions apparaissent pertinentes. Après plusieurs années de formation du personnel de santé, peut-on considérer que l’effectif des personnels de la santé formés a atteint une masse critique ? Le personnel formé utilise-t-il les enseignements acquis lors des consultations prénatales ?

Sur la première question, les données indiquent très clairement que le chiffre des personnels de la santé formés est significatif, environ 57% du personnel rencontré (95 des 167 agents de santé interrogés). 25 de ces 95 ont participé à une formation et 30 ont eu deux formations. 22 ont eu trois formations et 18 ont eu quatre formations. Ces 95 sont plus nombreux en milieu rural (54) qu’en milieu urbain (41).

Si 83% du personnel de santé et des exciseuses rencontrées disent avoir été outillés pour assurer la sensibilisation en matière de promotion de l’abandon de l’excision, ceux qui exercent en milieu urbain (34 des 63%) sont plus nombreux à avoir été outillés pour la prise en charge des complications liées à l’excision.

Très majoritairement (90%), le personnel de santé dit offrir des services pré, post et de prévention contre l’excision. Mais en même temps, 35% admettent que leur hiérarchie est au courant de l’excision au sein de leur structure sanitaire. Dans certains cas, il y a des sanctions prononcées par les chefs. Cependant, lorsqu’il y a des sanctions, celles-ci ne se font ni devant les instances disciplinaires ni ne conduisent à des poursuites judiciaires. On pourrait dire, on sanctionne, mais on reste « entre nous » membre de la corporation.

D’un autre côté, il est possible de dire que plus de la moitié des leaders communautaires (51%, 101 personnes sur les 197) affirment avoir été formés sur l’excision. Ils affirment aussi à 61% que d’autres leaders qu’eux ont été aussi formés sur l’excision. Cette formation semble avoir été plus importante en milieu rural qu’en milieu urbain (71 sur les 101).

120 des 197 leaders communautaires disent avoir reçu des sermons de la ligue religieuse qui découragent la pratique de l’excision. Ceux des leaders qui affirment avoir reçu des sermons de la ligue religieuse leur demandant d’encourager la pratique de l’excision habitent en milieu urbain, en particulier à Conakry.

Le contenu des sermons, en principe, est identique quelque soit le lieu de prière sur l’ensemble du territoire national car envoyé par le Secrétariat Général des Affaires Religieuses. Cette structure étatique ne peut pas, sauf dans des moments de faiblesse du pouvoir central (période de transition), envoyer des sermons qui inciteraient à continuer la pratique de l’excision. Si ces deux éléments s’avèrent exacts, les imams qui prêchent la continuité de l’excision le font sur leur propre initiative.

Les leaders communautaires, en particulier ceux religieux, sont souvent sollicités par les populations sur la question de l’excision. Les sondés qui habitent le milieu rural et urbain sollicitent les leaders dans presque les mêmes proportions. Dans les deux zones d’habitation, les mères sont celles qui consultent le plus et loin devant les pères des filles, des grands-mères, des tantes paternelles et des exciseuses.

Lorsque les leaders religieux sont consultés sur la question de l’excision, ils affirment, 72% parmi eux, qu’ils conseillent « d’abandonner ». 19% d’eux-mêmes demandent de « continuer » et 4% conseillent de « couper un peu ». C’est à Conakry que l’on rencontre la plus forte proportion des leaders religieux (16 des 20% qui encouragent la pratique de l’excision) qui suggèrent aux fidèles de « continuer » à pratiquer l’excision.

Les sondés rejettent ces affirmations et déclarent à plus de 64% que les leaders religieux « encouragent » plutôt la pratique de l’excision. Si 14% considèrent que les leaders religieux découragent la pratique de l’excision, il y a 10% qui affirment que les leaders religieux encouragent parfois et découragent à certains moments.

Le problème le plus grave est le fait que les sondés, à 70%, pensent que les déclarations des leaders religieux sur l’abandon de l’excision ne sont pas sincères. La non sincérité des déclarations des religieux est perçue davantage en milieu rural (48% des 70%) qu’en milieu urbain (23% des 70%). Ceux qui estiment les déclarations des religieux sincères (13%) habitent, dans leur écrasante majorité, en milieu urbain.

Graphique 7 : Niveau de sincérité des déclarations des religieux selon les sondés en fonction du lieu d’habitation.

Graphique 7

Le plus grave dans cette perception résulte aussi et surtout de la forte méfiance des mères des filles rencontrées lors de ce sondage. En effet, lorsqu’on demande aux autres sondés, en particulier aux mères, leur point de vue sur la sincérité des propos des leaders religieux lorsqu’ils disent demander d’abandonner l’abandon de l’excision, 87% de ces mères de filles affirment que les déclarations des leaders religieux ne sont pas sincères. Elles sont aussi 87% qui considèrent que les leaders religieux ne sont pas favorables à l’abandon de l’excision. Les données indiquent enfin que 71% savent, désormais, que l’islam ne recommande pas l’excision.

III. RITES ALTERNATIFS ET LES SOLUTIONS COMMUNAUTAIRES

Les rites alternatifs initiatiques sont une stratégie qui vise à maintenir les cérémonies qui encadrent les cérémonies de l’excision sans l’effectuer. L’idée est de considérer que les populations sont d’avantages attachées aux rites initiatiques qu’à l’excision elle-même.

L’idée est donc de maintenir les rites avec leurs dimensions symboliques sans aller jusqu’à la pratique de l’excision elle-même, ce qui aurait l’avantage de rassurer les tenants des rites de passage de l’enfance à l’âge adulte qui restent rattachés à cette pratique.

Dans cette stratégie, l’accent est aussi mis sur la possibilité de la démultiplication de l’expérience par les jeunes filles participantes à leurs paires, amies et sœurs. Et pour les parents, de prendre en charge le processus pour proposer des fêtes d’initiation sans excision. Dans le cas de la Guinée, l’hypothèse de base avancée a été de dire que certaines communautés, en particulier en Guinée Forestière, tenaient davantage aux rites qu’à l’excision d’où la pertinence d’une telle stratégie.

C’est dans ce cadre que la GIZ a mis en œuvre un projet dénommé « écoute et le dialogue » sur la question de l’excision en Guinée. Ce projet était sensé permettre de créer un espace de concertation et de dialogue entre les hommes et les femmes pour permettre à chacun d’exprimer son opinion et ses sentiments par rapport à la pratique de l’excision et en proposant à la communauté des alternatives à l’excision. Pour permettre aux acteurs de terrain de mettre en œuvre cette stratégie, la GIZ a élaboré des modules et assuré la formation des ONG locales dans les domaines suivants :

  • Elaboration des modules et supports de dialogue des générations ;
  • Formations des formateurs ;
  • Formation des animateurs de dialogues ;
  • Formation des adolescents et jeunes participants aux dialogues ;
  • Formation des femmes et des hommes participants aux dialogues ;
  • Organisation des séances de dialogues des générations dans les communes et quartiers ;
  • Sensibilisation des jeunes scolaires et non scolaires par l’approche binaire.

En plus de ces actions réalisées dans les préfectures de Faranah, Kissidougou, Guéckédou, Mamou, Labé et dans la capitale (Conakry), la GIZ a aussi initié des formations à l’intention de filles non excisées, en impliquant leurs parents, pour renforcer leur estime de soi et leur permettre de devenir des modèles au sein de leurs communautés. L’espoir étant d’en faire des modèles et de les encourager à refuser l’excision.

Dans les données collectées dans le cadre de cette évaluation, il apparaît que les rites alternatifs sont des activités de promotion de l’abandon de l’excision plus rares que les précédentes. Il semble qu’elles n’ont été réalisées que dans la zone kissienne (Guéckédou et Kissidougou) et en Haute Guinée (surtout Kankan). Cette stratégie apparaît comme rare en Moyenne Guinée (Labé et Pita) et absente à Conakry.

Dans les zones où cette stratégie a été mise en œuvre, il apparaît une satisfaction de ceux et celles qui ont participé à cette activité surtout à Kissidougou et, dans une moindre mesure, à Guéckédou. Ce niveau de satisfaction impact fortement l’évaluation que les sondés ont de cette stratégie. Ainsi, c’est à Kissidougou que l’on rencontre la plus forte proportion des sondés qui considèrent les rites alternatifs comme pertinents. A Gueckédou, les rites alternatifs sont surtout considérés comme efficaces, donc en adéquation avec les pratiques culturelles qui encadrent le processus de l’excision. Mais très peu de sondés considèrent cette stratégie comme efficiente et durable.

D’autres variantes de cette stratégie communautaire existent et ont été expérimentées. C’est le cas des dialogues de génération et des réunions d’échanges entre des filles excisées et celles non excisées.

a/ DIALOGUE DE GENERATIONS

Le dialogue de génération est une stratégie plus courante que les trois précédentes (rites alternatifs, fora, tables-rondes). Cette stratégie concerne 399 sondés dans la presque totalité des préfectures ciblées à l’exception de la commune de Ratoma à Conakry, de Télimélé et de N’Zérékoré.

Les sondés qui ont participé à des séances de dialogue de génération sont tous « entièrement satisfaits » ou « partiellement satisfaits ». Pour l’essentiel, ceux qui ont participé à des dialogues de génération considèrent à 44% qu’elles sont pertinentes et 33% disent qu’elles sont efficaces. Très peu parmi les sondés ayant participé à des dialogues de générations estiment que cette stratégie soit efficiente (13%) ou durable (11%).

L’une des difficultés notées par les ONG sur le terrain serait la mobilité des éducateurs formés qui imposent aux ONG un recommencement perpétuel de sélection et de formations des paires éducateurs.

b/ RÉUNIONS D’ÉCHANGES ENTRE FILLES EXCISÉES ET NON EXCISÉES

Très peu de sondés (90 personnes) ont participé à des cérémonies d’échanges entre des filles excisées et celles non excisées. Cette stratégie a été notée par des sondés dans la région forestière (Guéckédou, Kissidougou et N’Zérékoré) et de la Haute Guinée (Kankan et Kouroussa). Elle n’a pas été indiquée par des sondés de la Basse et de la Moyenne Guinée.

Ceux des sondés ayant participé à ce type d’échanges sont, pour l’essentiel, satisfaits (49 sur les 90). Ils considèrent aussi cette stratégie comme pertinente, mais ni efficiente, ni efficace ni durable.

IV. DÉVELOPPEMENT SOCIAL INTÉGRAL AVEC DÉCLARATIONS PUBLIQUES

L’idée centrale de cette stratégie s’articule autour de l’éducation aux droits humains (inspirer et renforcer les capacités des communautés) d’amener à renforcer leurs capacités dans les domaines de la Gouvernance, de l’Éducation, de la Santé, de l’Environnement et de la croissance Economique (GESEE). Ce renforcement devrait, à terme, conduire à un abandon volontaire de l’excision et des mariages des enfants.

La première structure qui a expérimenté cette stratégie fut TOSTAN. Depuis, plusieurs autres intervenants utilisent la même stratégie en la raffinant, l’adaptant aux contraintes matérielles et temporelles. C’est le cas de l’UNICEF avec une ONG nationale du nom d’ASD qui opérèrent en Haute Guinée (Kankan et Kouroussa).

TOSTAN, de son côté, a mis en œuvre des stratégies orientées vers les déclarations publiques des communautés dans presque toutes les régions de la Guinée. Les documents de TOSTAN revendiquent une implantation dans 236 villages de Dubréka et Boffa (Basse Guinée) dont 57 villages bénéficiaires directs et 179 villages sensibilisés ; 264 villages de Pita et Labé dont 58 villages bénéficiaires directs et 206 villages sensibilisés, 345 villages de Faranah, Dabola et Kissidougou dont 118 villages bénéficiaires directs et 227 villages sensibilisés et 159 villages dont 40 villages bénéficiaires directs et 119 villages sensibilisés en Guinée Forestière.

La documentation de TOSTAN indique que la Moyenne Guinée aété la première région concernée dès 2006 avec plus de 150 communautés issues de 17 sous-préfectures ont ensemble et publiquement qui ont décidé de mettre fin à l’excision.

Deux ans plus tard (2008), TOSTAN aurait étendu ses activités en Basse Guinée 128 communautés, dans la région de la Basse Guinée, prendront le même type d’engagement. En 2009, TOSTAN va étendre ses activités en Guinée Forestière avec les communautés Kpèlès et Kissis dont 66 villages font faire des déclarations d’abandon de l’excision.

Cette structure a aussi mis en place 333 Comité Villageois de Protection des Enfants et 114 Conseils Locaux pour Enfants et Familles (CLEF). TOSTAN affirme que pendant la période 2003 à 2007, elle a procédé à :

  • L’identification et à la formation des facilitateurs vivant au sein des villages ciblés et cela durant les trois années du programme ;
  • L’ouverture de salles de classes pour 50 participants répartis en 2 cohortes de 25. Les participants se réunissent 3 fois par semaine durant toute la durée du programme ;
  • L’installation et la formation des Comités de Gestion Communautaire (CGC) ;
  • Des rencontres inter-villageoises (RIV) par la sensibilisation d’autres communautés ;
  • L’organisation de séminaires de partage avec les ONG intervenants dans les mêmes zones, les autorités gouvernementales, les leaders religieux, les chefs coutumiers et les élus locaux à travers des séminaires d’information et des réunions ;
  • La réalisation d’émissions de radio et enfin ;
  • Déclaration publique d’abandon de l’excision et des mariages d’enfants (la veille de la déclaration, ce panel permet aux communautés déclarantes d’expliquer à la presse, aux autorités et aux partenaires le processus qui les a conduits à la déclaration et le jour suivant est dédiée à l’engagement des communautés pour l’abandon des pratiques néfastes).

Dans le cadre de cette stratégie, la logique a toujours été qu’après la déclaration publique d’abandon de l’excision, l’ONG partenaire considère le processus achevé. Dix ans après les premières déclarations, la présente évaluation regardera la solidité de cet engagement auprès de ceux qui l’avaient déclaré et de ceux qui héritent de cet engagement communautaire.

La stratégie de déclaration d’abandon de l’excision apparaît comme l’une des plus connues par les sondés. Pratiquement, la totalité des sondés ont entendu, au moins une fois, parler de cette stratégie. 851 des sondés (sensiblement 45%) déclarent avoir été associés, d’une façon ou d’une autre, à cette activité.

L’écrasante majorité de ceux qui ont participé à ce type d’activité se dit satisfaite. Les une et les autres estiment que ceux qui participaient à ces déclarations d’abandons étaient sincères. Cependant, 20% considèrent que cet engagement n’est pas durable et, à la longue, les personnes qui y participent ne respecteront pas leurs engagements.

En effet, pour les 851 sondés qui ont participé à des déclarations d’abandon de l’excision, il n’y a que 6% qui soutiennent que tous les participants respecteront leurs engagements. Pour les sondés, deux moyens peuvent permettre d’assurer le respect des engagements. Il s’agit de continuer le financer les activités génératrices de revenu dans la communauté déclarante et l’installation d’un bureau de suivi au sein des communautés déclarantes de l’abandon de l’excision.

V. RECONVERSION DES EXCISEUSES

La reconversion des exciseuses est l’une des plus vieilles stratégies utilisées en Guinée. L’idée est d’arriver à la reconversion des exciseuses en leur offrant un métier et des avantages économiques en contre partie du dépôt des couteaux lors de cérémonies solennelles et grandioses qui marquent l’aboutissement d’un processus et le début d’un engagement.

C’est dans ce cadre que des ONG comme le Cellule de Coordination sur les Pratiques Traditionnelles Affectant la Santé des Femmes et des Enfants (CEPTAFE) ont décidé d’aider « aux dépôts des couteaux » par les exciseuses et leur reconversion dans plusieurs préfectures du pays dont Kouroussa a été la première en 1999. Dans d’autres parties du pays (2009), 197 communautés dans 47 villages de la région de la Haute Guinée auraient déposé les couteaux d’excision.

Le choix de cette stratégie ne dépend pas seulement d’une orientation idéologique, elle est, dans le cas de la Guinée, le résultat de la prise en considération de la nécessité d’être dans un partenariat avec des acteurs sociaux importants dans la région de la Haute Guinée. En effet, dans cette région, les exciseuses traditionnelles appartiennent à une caste (les forgerons) qui possèdent un poids social important qui résulte de son contrôle du feu et du fer. De la même façon qu’on peut estimer que les rites alternatifs sont plus pertinents en Guinée Forestière, on peut considérer que la reconversion des exciseuses ne peut donner des résultats tangibles que dans des régions ou les exciseuses possèdent un statut social qui pèse dans le fonctionnement sociétal comme la Haute Guinée.

Plusieurs années après la mise en œuvre de cette stratégie, plusieurs interrogations subsistent dont la plus importante est de savoir si les exciseuses traditionnelles, après avoir déposé leurs couteaux, ne se sont-elles pas fait remplacer par d’autres non concernées par le dépôt des couteaux ?

L’évaluation réalisée dans le cadre de cette étude suggère une réponse positive à la question posée. C’est vrai que les cérémonies publiques de « dépôt des couteux » de l’excision sont connues par un très grand nombre de sondés. 1 119 des sondés disent avoir été associés, d’une façon ou d’une autre, à des cérémonies de « dépôt de couteaux ». 988 des sondés sur les 1 119 ont assisté à une seule cérémonie de « dépôt de couteux ».

Cette stratégie, en plus d’avoir touché plusieurs des sondés, semble avoir été utilisée largement dans toutes les zones du sondage à l’exception de la commune de Ratoma. Pour l’essentiel, ceux qui ont assisté à de telles cérémonies affirment que c’est une « excellente chose ». Pourtant et en dépit de cette forte exposition, le sentiment de son efficacité est mitigé. En effet, il est rare de rencontrer des sondés qui pensent que toutes les exciseuses et même certaines parmi elles qui ont déclaré « déposer leurs couteaux » l’ont effectivement fait.

Pour le plus grand nombre de sondés (65%), après les cérémonies de « dépôt de couteaux », rares sont les exciseuses qui en ont fait un abandon définitif. Au lendemain des cérémonies, les sondés estiment que les exciseuses sont remplacées par : un membre de la famille, selon 19% des sondés ; un agent de santé selon 21% ; sa petite fille pour 24% des sondés et 36% des sondés estiment qu’elles sont remplacées par leurs propres filles.

Graphique 8 : Ceux qui remplacent les exciseuses après leur « dépôt de couteaux ».

Graphique 8

Ces points de vue ne sont pas partagés par les agents de santé. Ceux-ci estiment à 54% que ce dépôt des couteaux est « vrai totalement ». Les 46% restants se partagent entre ceux qui pensent que ce dépôt est « vrai partiellement » (22%), « faux totalement » (8%) et ceux qui disent « Ne pas savoir » (15%).

Pour 76% des agents de santé, le dépôt des couteaux par les exciseuses traditionnelles est « définitif ». Les 24% restants affirment le contraire. Lorsque la question a été posée sur la substitution des exciseuses traditionnelles, les agents de santé interrogés se partagent en deux blocs : ceux qui indexent le personnel de santé et ceux qui désignent d’autres exciseuses. A titre illustratif, 34% des agents de santé considèrent, eux-mêmes, que ce sont les agents de santé qui ont pris leur place et 18% indexent les sages-femmes. L’autre groupe des agents de santé désignent à 32% des apprentis exciseuses et 16% indiquent d’autres exciseuses.

Graphique 9 : Ceux qui remplacent les exciseuses après leur « dépôt de couteaux » selon les agents de santé.

Graphique 9

I. PROTECTION DES FILLES NON EXCISÉES

La toute dernière approche que certaines ONG nationales tentent de mettre en œuvre depuis ces trois dernières années s’articule autour de l’identification et la protection des filles non encore excisées.

Cette approche impliquant l’identification et la formation de filles non excisées serait mise en œuvre en Guinée Forestière par l’ONG Humanitaire pour la Protection de la Femme et de l’Enfant (HPFE), en particulier dans les préfectures de Beyla et de NZérékoré. Depuis 2013, HPFE s’efforce de mettre en place un réseau de filles non excisées formées sur les MGF/E et les risques qui y sont liés, et qui sensibilisent à leur tour leurs paires sur cette question.

Cette valorisation de la jeune fille non excisée est également perceptible en Haute Guinée et dans certaines préfectures de la Guinée Forestière à travers le recensement, le suivi et l’accompagnement de 20563 jeunes filles non excisées par des ONGs partenaires (AFAF, TOSTAN, AGUIS, ASD, etc.) du Programme conjoint UNFPA -UNICEF pour l’accélération  de l’abandon des MGF/E.

Les sondés qui ont été en contact avec la stratégie d’identification des filles non excisées et leur protection sont rares (168 personnes, autour de 7% des sondés). De ces 168, 152 (90%), considèrent que les filles identifiées comme non excisées ne le restent pas après cette identification.

Deux raisons majeures ont été avancées pour expliquer l’excision des filles identifiées. La première raison, celle qui recueille la plus forte proportion des sondés, serait les moqueries de l’entourage et des personnes au courant de cette identification. Le rejet de l’entourage serait la seconde raison qui amènerait les filles identifiées à finir par se faire excisées.

Pour l’ensemble des sondés rencontrés, la stratégie d’identification des filles non excisées et leur protection pourrait être pertinente et efficace si les familles elles-mêmes se substituaient aux animateurs des ONG. Mais une telle situation signifie une autre dynamique qui est loin de voir le jour.

Cette stratégie inscrite dans le PSN est nouvelle et peut permettre, si elle devient opérationnelle, de réduire la prévalence de l’excision. Les contraintes d’une telle stratégie avec des ONG devenues « gendarme » derrière les portes peut ressembler à une infantilisation des populations. Le risque majeur est de soustraire la jeune fille de la sphère publique pour l’exciser dans la sphère « familiale ». L’autre risque est de ne jamais arriver à une inversion de la tendance par une dynamique endogène des familles.

Dans tous les cas, la mise en œuvre d’une telle stratégie demande à l’Etat un organe de supervision, de coordination et de vérification de la mise en œuvre réelle de celle-ci sur le terrain. Les partenaires techniques et financiers ne peuvent pas faire ce travail de contrôle et de supervision. Et en l’absence de résultats tangibles, les ONG opératrices de terrain risquent de « falsifier » les chiffres pour faire des quantités fictives.

II. APPROCHE JURIDIQUE

Au cours des quinze dernières années, le Gouvernement guinéen a réalisé des progrès notables sur les plans normatif et institutionnel dans le cadre de la lutte contre l’excision. De nombreux textes législatifs et réglementaires prévoyant et punissant l’excision ont été adoptés.

L’excision fait l’objet d’une interdiction par la Loi L/2008/011/AN du 19 août 2008, portant Code de l’Enfant guinéen, dont l’article 405 invoque spécifiquement les « mutilations génitales féminines », qu’il définit comme « toute ablation partielle ou totale des organes génitaux externes des fillettes, des jeunes filles ou des femmes et/ou toutes autres opérations concernant ces organes », indépendamment de la qualité de la personne qui les pratique et des méthodes traditionnelles ou modernes employées. Le code pénal de 2016 reprend et renforce les mêmes dispositions dans ses articles 258 à 261.

Le Code de l’Enfant guinéen prévoit une peine d’emprisonnement de trois mois à deux ans et une amende de 300.000 à 1.000.000 GNF (environ de 43 à 143 USD), ou l’une de ces deux peines. En vertu des articles 408 et 409, si l’excision entraîne une infirmité, la peine encourue est la réclusion criminelle de cinq à dix ans et une amende de 1.000.000 à 3.000.000 GNF (environ 143 à 429 USD). Si mort s’en suit, l’auteur encourt la réclusion criminelle de cinq à 20 ans.

Pour permettre l’application de ces dispositions, deux ministères régaliens ont été dans l’obligation de procéder à des renforcements de capacité tant au niveau des ressources humaines que des structures opérationnelles.

Ainsi, le ministère de la Justice a organisé une dizaine d’ateliers et de séminaires de formation à l’intention des magistrats sur les questions de l’excision. Les données disponibles indiquent qu’en 2012, 2013 et 2014, plus de 800 officiers de police judiciaire (gendarmes, policiers et magistrats) ont été sensibilisés à la problématique.

Le Ministère de la Sécurité a aussi, en 2011, restructuré l’Office de Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs (OPROGEM) et a installé une antenne de cette institution dans les huit régions administratives du pays et dans certains commissariats de police et d’unités de gendarmerie de la capitale et de l’intérieur du pays. Il a été donné mandat à ces nouvelles structures, un traitement des cas de violences faites aux femmes et enfants, y compris l’excision.

C’est dans ce cadre qu’il faut noter la condamnation d’une exciseuse de 80 ans à une peine d’emprisonnement de deux ans avec sursis et au paiement d’une amende de 1.000.000 GNF le 17 juillet 2014 au tribunal de première instance de Mafanco, dans la commune de Matam, à Conakry. Cette exciseuse avait été prise en flagrant délit d’excision d’une jeune fille de 15 ans par l’Association Guinéenne des Assistantes Sociales (AGUIAS).

Dans le Sud de la Guinée, dans les préfectures de Gueckedou (Guinée forestière) et de Faranah (Haute Guinée), deux mères et une exciseuse ont été condamnées à six mois et un an avec sursis et 500.000 GNF d’amende en janvier et juillet 2015. Ces deux cas ont été référés par l’ONG l’Association des Femmes pour l’Avenir des Femmes (AFAF) qui s’est constituée partie civile.

Ces condamnations ont été retentissantes et ont permis de positionner certaines ONG et de confirmer la justesse de la stratégie de la répression. Pourtant, le nombre de procès intenté dans le cas de la pratique de l’excision est faible (16 cas d’interpellations depuis 2014) et les verdicts des tribunaux ont prononcé, pour l’essentiel, des peines de prison avec sursis et à des amendes modiques.

D’un autre côté, le Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance a publié en novembre 2010 5 arrêtés sectoriels conjoints d’application de la loi réprimant les MGF parmi lesquels, un arrêté conjoint (Arrêté n°2464) interdisant la pratique de l’excision dans les structures sanitaires publiques et privées de la République de Guinée.

Maintenant, il reste à consolider cette dynamique et s’assurer que les services de répression de l’excision le fassent sans « marchander » le processus de sanctions. L’autre défi, et il est de taille, c’est la réaction des populations à la suite de l’application de la loi sur des leaders locaux et communautaires.

Sur les 1 980 sondés, 1 751 (88%) sont au courant de l’existence de la loi qui interdit et pénalise l’excision. L’existence de cette loi semble, aux yeux de ceux qui habitent le milieu rural, comme dissuasive sur le personnel de la santé.

Graphique 10 : Perception des sondés sur l’existence d’une loi pénalisant l’excision selon la zone d’habitation.

Graphique 10

III/ IMPACT DES STRATÉGIES

Cette partie porte sur l’analyse de l’impact des stratégies de promotion de l’abandon de l’excision. Cette analyse de l’impact se décompose en deux sections. La première section traite des opinions des personnes rencontrées sur les différentes stratégies dans ses différentes composantes (la pertinence, l’efficacité, l’efficience et la durabilité).

La seconde section prend en charge l’analyse de l’impact à travers les comportements observables (type, âge, lieu de l’excision) entre plusieurs générations, essentiellement les grands-parents, les parents et les générations successives (quatre filles dans chaque famille rencontrée).

a/ IMPACT SUR LES OPINIONS

Les stratégies déroulées sur le terrain ont installé des opinions. L’opinion la plus installée semble être la déconstruction du lien entre religion et excision, car 71% savent, désormais, que l’islam ne recommande pas l’excision.

Néanmoins, et en dépit d’une telle situation, les religieux sont considérés par tous les intervenants comme des acteurs qui pèsent dans la problématique de l’excision. Les religieux ont un effet réel sur la structuration des idées et les comportements des familles dans la pratique de l’excision. Ils possèdent un pouvoir de persuasion et encouragent plutôt, même s’ils disent le contraire lors des entretiens, la pratique de l’excision. Cette opinion est surtout celle des femmes qui sollicitent leurs avis et doutent, par conséquent, de la sincérité de leurs propos lorsqu’ils prônent l’abandon de l’excision.

L’autre opinion installée est le fait d’approuver à 83% les différents messages de promotion de l’abandon de l’excision. On peut dire qu’ils ne sont pas opposés à la promotion de l’abandon de l’excision. Cette approbation des messages sur l’abandon de l’excision est plus forte en milieu urbain (87%) qu’en milieu rural (80%). Les cas de réticence aux campagnes de promotion de l’abandon de l’excision se rencontrent surtout en milieu rural (13%).

Graphique 11 : Position des sondés par rapport aux messages de promotion de l’abandon de l’excision.

Graphique 11

Lorsqu’on regarde dans le détail l’opinion que les sondés ont des différentes stratégies, il apparaît qu’en dépit de la forte utilisation de la sensibilisation comme stratégie principale, les sondés ne la désignent pas comme une stratégie appropriée pour conduire à l’abandon de l’excision. C’est comme si, les populations rencontrées ne sont pas opposées aux messages véhiculés, mais ceux-ci ne suffisent pas en eux-mêmes à conduire à l’abandon de l’excision. Certes, les promoteurs d’IEC pourront dire que cette finalité n’a pas pour finalité première de conduire à des changements de comportements, mais à « informer, éduquer et communiquer ». Dans tous les cas, pas plus d’1% des sondés désigne la sensibilisation comme stratégie appropriée pour la promotion de l’abandon de l’excision.

L’utilisation des SMS et les réseaux sociaux est récente et n’a pas touché beaucoup de sondés. Pourtant et en dépit des difficultés de leurs manipulations qui exigent savoir et compétences en langue française, les SMS et les réseaux sociaux apparaissent comme une stratégie qui pourrait être efficace, pertinente et durable dans la promotion de l’abandon de l’excision dans certaines circonstances et pour certaines catégories de la population, essentiellement les jeunes, surtout avec le taux de pénétration de la téléphonie mobile qui va en s’accroissant.

Très peu de personnes ont participé à des tables-rondes et à des foras. Pourtant, ces deux stratégies semblent avoir un taux de satisfaction très élevé. Le fait de donner la parole à des personnes qui sont bercées dans une culture de l’oralité pourrait expliquer une telle situation. Il faudra attendre, très certainement, une expérimentation dans la durée pour juger de leurs impacts, même si l’opinion que les sondés ont est favorable.

La reconversion des exciseuses dans d’autres métiers est aussi l’une des plus vieilles stratégies utilisées en Guinée et celles qui est souvent vendue dans les forums d’autant plus que cette stratégie se fait toujours avec des cérémonies publiques, grandioses et médiatiques de « dépôts de couteaux ».

Si cette stratégie est très connue par les sondés, en raison de sa forte médiatisation, les sondés considèrent qu’après les cérémonies de « dépôt des couteaux », rares sont les femmes qui le font définitivement. Le remplacement est souvent automatique par des membres de la famille et surtout les agents de santé.

Ces derniers sont conscients de se substituer aux exciseuses chaque fois que celles-ci déposent leurs coûteux. Cette substitution des exciseuses par des agents de santé permet de gagner en qualité de soins, mais pas en réduction de la prévalence. En réalité, la médicalisation rassure et encourage la pratique qui devient un acte sans risque où avec un risque réduit, sous contrôle.

L’identification et la protection des filles non encore excisées est la toute dernière approche que certaines ONG nationales tentent de mettre en œuvre ces dernières années. Inscrite dans la stratégie du PSN, les données collectées montrent un décalage réel entre les déclarations des ONG porteuses d’une telle action et la réalité du terrain. Pourtant, les personnes rencontrées, surtout celles qui vivent en milieu rural, considèrent cette stratégie comme appropriée.

Néanmoins, pour presque tous les sondés, les filles identifiées comme non excisées ne le restent pas après cette identification en raison des moqueries de l’entourage et des personnes au courant de cette identification et du rejet de l’entourage.

Pour nous, la transformation des ONG en « gendarme » est difficile à envisager. D’autant plus que la véracité des déclarations sur le nombre de filles identifiées et protégées est difficile à prouver en l’absence d’un organe national ayant une base des données actualisées des filles protégées sur une très longue période. Une analyse plus en profondeur de l’expérience actuelle avec un organe indépendant devrait être envisagée avant l’inscription de cette stratégie dans un document de stratégie nationale.

La pénalisation de l’excision est une disposition ancienne qui s’est accélérée ces dernières années. Il semble que l’existence d’une telle loi qui pénalise l’excision est très largement connue. L’existence de cette loi semble, aux yeux de ceux qui habitent surtout le milieu rural, comme dissuasive sur le personnel de la santé. Mais il reste qu’elle le soit aussi sur la population, surtout celle urbaine.

Un service a été créé (l’Office de Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs, OPROGEM), du personnel de certains ministères a été formé et encouragé à faire appliquer la loi. Certaines condamnations ont eu lieu avec la participation de certaines ONG comme partie civile. Mais le nombre de cas reste faible et les condamnations trop légères pour avoir valeur d’exemples et suffisamment dissuasives.

Enfin, les rites alternatifs sont désignés comme la première stratégie appropriée pour assurer la promotion de l’abandon de l’excision. Ce score des rites initiatiques découle du choix élevé des sondés qui vivent en milieu rural et surtout en région forestière (Guéckédou, Kissidougou, N’Zérékoré).

Les visites à domicile et le dialogue de générations sont aussi fortement souhaités par les habitants en milieu rural. A l’inverse, les déclarations d’abandon et les tables-rondes sont considérées inappropriées. Les supports éducatifs sont l’unique stratégie qui apparait comme durable selon les sondés. Malheureusement, cette stratégie reste encore très marginale sur le terrain. Les acteurs communautaires et les agents des ONG sont très appréciés par les sondés comme des relais pertinents dans la promotion de l’abandon de l’excision.

b/ IMPACT SUR LES ATTITUDES

Un regard sur les pratiques de l’excision montre certains changements que l’on peut justement attribuer aux différentes campagnes menées dans le pays, même s’il est impossible de l’attribuer à une stratégie en particulier.

Si le niveau de prévalence de l’excision chez les mères rencontrées est de 96%, celui-ci est de 40% de filles excisées au moment de l’enquête. Certes, plusieurs mères disent attendre la disponibilité de la fille (les vacances scolaires), l’âge des filles et les moyens pour faire face à l’excision. Mais il est fort probable que la proportion de la dernière génération des filles

Les données indiquent d’autres mutations en rapport au lieu d’excision. Du temps des mères, il n’y avait que 18% qui disent avoir été excisées dans une structure sanitaire. 31% des filles les aînées (autour de la trentaine) rencontrées l’ont été dans les centres de santé et 19% en « brousse ». Le fait d’être excisé dans un centre de santé remonte à 34% pour les cadettes de ces aînés et à 42% pour les benjamines.

En plus du centre de santé, le second endroit de l’excision se trouve être le domicile des parents en milieu urbain et l’habitation des exciseuses en milieu rural. Le fait de transformer le domicile de l’exciseuse en un lieu d’excision et de convalescence perpétue la tradition de la case de l’excision des temps anciens. Ainsi, l’exciseuse apparaît comme une opératrice « sanitaire » de l’acte et gardienne de la tradition et de la diffusion initiatique comme dans les temps anciens.

On se rend compte que de l’aîné à la benjamine, la proportion des filles excisées par les exciseuses traditionnelles en milieu urbain régresse fortement au fil des générations alors qu’elle augmente pour le personnel de santé surtout par les sages-femmes.

Cette médicalisation de l’excision ne protège pas totalement les excisées de complications sanitaire juste après l’acte. 90 familles (54 en milieu rural et 36 en milieu rural) ont indiqué avoir constaté des complications sanitaires sur leurs filles dès après l’excision.

Il reste que les actions de promotion de l’abandon de l’excision ont eu des effets sur l’excision de « masse » en milieu urbain, mais pas encore en milieu rural où l’excision est plus collective qu’individuelle.

Les campagnes sur les méfaits de l’excision ou du moins sur certains types d’excision que d’autres peut expliquer le choix des types les moins sévères. Alors que le type dominant du temps des mères était « d’enlever des chaires de la zone vaginale » avec 70% des mères rencontrées, cette proportion descend à 61% chez les aînés avant de se situer à 41% chez les benjamines des familles rencontrées.

Le fait « d’entailler » qui concernait 28% des mères est passé à 43% pour les aînés des filles à 54% pour les benjamines. A l’époque des mères, personne ne faisait « semblant », mais plusieurs procédaient à la « fermeture du vagin ».

Le « faire semblant » progresse lentement chez les filles en zone rurale passant de 1% à 2% et un peu plus rapidement en zone urbaine passant de 1% à la première génération excisée à 5% pour les benjamines. Néanmoins, le fait de « faire semblant » est plus urbain que rural, alors que le fait de « fermer le vagin », lorsqu’elle est pratiquée, est exclusivement rural.

Même s’il est impossible d’attribuer cette situation aux campagnes de promotion de l’abandon de l’excision, on constate aussi le recul du père comme contributeur financier principal de l’excision qui laisse la place à son épouse.

On peut aussi constater des effets des différentes campagnes de promotion de l’abandon de l’excision sur la personne qui prend la décision sur le type d’excision pratiqué sur les filles. Si du temps des mères rencontrées, la décision venait d’abord de leur mère avec des pères qui ne venaient qu’en quatrième position, bien après les homonymes, les grands-mères, les tantes paternelles et les exciseuses, on se rend compte qu’avec les filles de ces femmes la mère reste toujours une actrice majeure, mais le père reprend de l’importance et se positionne juste derrière son épouse.

Il reste évident que les indicateurs de processus (le nombre de personnes mobilisées, informées et/ou sensibilisées, le nombre d’ateliers, etc.) sont relativement bons. Il est aussi possible de dire avec force que des progrès sont réels dans la formation et l’outillage théorique et pratique des acteurs de l’excision (personnel de santé et exciseuses, religieux, auxiliaire de justice, journalistes et autres acteurs). Cependant, ces acteurs n’ont pas encore joué suffisamment leur rôle dans l’abandon de la pratique de l’excision. On peut même dire que les effets boomerang[1] sont importants chez certains acteurs comme le personnel de santé avec une forte médicalisation de l’excision.

Enfin, on peut dire que sur certains aspects les différentes stratégies menées depuis une vingtaine d’années ont permis d’asseoir des opinions, mais pas encore des attitudes et des comportements attendus par les actions menées : la baisse de la prévalence de l’excision.

Il reste donc le gros du chantier, c’est-à-dire assurer « l’ensemble des changements significatifs et durables dans la vie et l’environnement des personnes et des groupes ayant un lien de causalité direct ou indirect avec les projets menés ».

 

CONCLUSION 

Nous sommes au terme de la présente évaluation. L’objectif de cette évaluation est la réalisation d’une évaluation des impacts des stratégies de promotion de l’abandon de l’excision déjà mises en œuvre en Guinée en prenant en compte la pertinence, les acteurs impliqués, l’efficacité, l’efficience et l’impact.

Pour procéder à cette évaluation, plusieurs méthodes et techniques ont été utilisées pour cerner maints paramètres. Dans un premier temps, il a été procédé à une intense recherche documentaire dans deux directions. La première a consisté à rechercher et à synthétiser les stratégies de promotion de l’abandon de l’excision qui ont été expérimentées à travers l’Afrique. Dans un second temps, la recherche documentaire a porté sur les stratégies pensées et menées en Guinée.

Cette recherche documentaire a permis de déterminer les zones d’enquête (préfectures, communes urbaines/rurales, quartiers/secteurs), les intervenants dans ces zones, les stratégies menées, les périodes et la durée de ces interventions.

Après la collecte, le traitement et l’analyse des données deux catégories d’informations apparaissent. La première porte sur la pratique de l’excision (type, acteurs, âges, périodes, conséquences, etc.) et la seconde sur la perception que les sondés ont des stratégies mises en œuvre dans leurs localités.

On le savait, mais il est nécessaire de le répéter, l’excision est une pratique ancienne et ne baisse que très lentement. 96% des femmes ayant des enfants déclarent avoir été excisées. C’est aussi 40% de leurs filles et les autres qui attendent d’atteindre l’âge et les moyens des parents pour l’être.

Les centres de santé apparaissent comme le principal lieu d’excision. Aux dires des mères des jeunes filles rencontrées, il y a un déplacement du lieu d’excision qui est parti de la « brousse » vers les centres de santé qui sont complétés par le domicile des parents en milieu urbain et du domicile de l’exciseuse en milieu rural.

Le processus d’excision reste encore collectif en milieu rural en regroupant « plusieurs filles d’une même génération » et « des sœurs d’une même génération ». En milieu urbain, l’excision s’individualise à l’image la société urbaine dans son ensemble.

Dans l’ensemble, il existe quatre périodes d’excision : la période de récole (entre novembre et janvier), la période de l’harmattan (de février à avril), la période de labour (entre mai et juillet) et la période de plaine saison des pluies (vacances scolaires). Mais chaque fille trouvera son moment en fonction du fait qu’elle soit ou pas scolarisée.

Le lieu d’excision est en déplacement, l’âge est aussi en glissement, même s’il existe deux grandes périodes de concentration de l’âge de l’excision. Il s’agit des tranches d’âges comprises entre 7 et 10 ans et 10 et 13 ans. A partir de 13 ans, l’intensité baisse avec 5% et devient rare au-delà de 16 ans. Les variations entre milieu urbain et celui rural est faible, à l’exception de l’excision après 16 ans qui ne concerne que le milieu rural.

Le fait « d’enlever des chaires de la zone vaginale » (la pratique la plus sévère après l’infibulation) baisse passant de 70% chez les mères des filles rencontrées à 61% chez les plus âgées. Entre la fille la plus âgée de la famille à la plus jeune, la proportion « d’enlèvement de la chaire de la zone vaginale » est passée de 61% à 41%.

Le fait « d’entailler » est passé de 28% chez les mères à 43% pour les filles les plus âgées à 54% chez les plus jeunes. Le fait de « faire semblant » était inexistant du temps des mères, il commence avec les filles les plus âgées et se développe avec les nouvelles générations. L’infibulation régresse fortement et reste une pratique en milieu rural, mais de façon marginale.

Lorsqu’on regarde les types pratiqués et ceux souhaités par les mères des filles rencontrées, on constate des écarts qui témoignent de la puissance des exciseuses et du personnel de santé dans le choix du type d’excision pratiqué. En effet, le choix premier des mères est le fait  « d’entailler ». Ce choix est suivi par le fait de « faire semblant ». Le souhait d’« enlever des chairs de la zone génitale » ne vient qu’en quatrième position et « la fermeture du vagin » en dernière position. Cependant, le souhait dans les communautés peulhs et malinkés de revenir à l’infibulation devrait inquiéter et indiquer des problèmes dans la gestion de la sexualité des adolescents.

La mutation dans la pratique de l’excision est aussi observable sur la personne qui prend la décision sur le type d’excision pratiqué sur les filles. La mère a toujours été et reste encore celle qui détermine le type d’excision de ses filles.

Mais si dans un passé relativement lointain, la position du père était loin derrière les grands-mères et les tantes paternelles, il n’en est pas de même avec la génération actuelle où le père redevient la personne qui intervient dans le type d’excision infligée à ses filles.

Ce mouvement, s’il se confirme, ramène le père au centre du dispositif de l’excision qui fait de lui non seulement celui qui a l’autorité de s’opposer à l’excision, mais aussi celui qui détermine, à côté de son épouse, le type a infligé à ses filles.

Le père et la mère n’apparaissent pas comme ceux qui accompagnent les filles dans les structures sanitaires. Dans cette tâche, les « tantes paternelles » et les « homonymes sont les plus actives et précèdent les mères.

Alors que le père était le principal contributeur au financement de l’excision pour les filles les plus âgées, on voit se dessiner le retrait du père et une prise en charge financière de la mère. L’excision a un coût. Celui-ci est monétaire et/ou en nature. L’excision coûte davantage en milieu rural qu’en milieu urbain.

Sur l’évaluation des stratégies, à proprement parler, il est possible d’affirmer qu’elles sont plurielles en termes de principes, de règles, de bases et de mode opérationnelles, d’effets et d’enseignements.

Un regard sur les stratégies de promotion de l’abandon de l’excision, telles qu’elles apparaissent dans les propos des sondés, indique la sensibilisation, au sens de l’information sur les risques de l’excision à travers l’IEC, comme la stratégie la plus connue par près de la moitié des sondés.

Les visites à domicile sont la seconde stratégie avancée avant les tables-rondes, l’identification des filles non excisées, les déclarations d’abandon de l’excision, les foras, les dialogues de générations qui pèsent du même poids que les affiches les rites alternatifs fermant la marche.

Certaines de ces stratégies ont été rencontrées d’avantage dans certaines zones que dans d’autres, dans certaines préfectures que dans d’autres. A titre illustratif, on peut dire que les visites à domicile et les tables rondes l’ont été davantage en milieu rural qu’en milieu urbain. Les rites alternatifs ne l’ont été qu’en milieu rural et les déclarations publiques d’abandon de l’excision l’ont été surtout, mais pas exclusivement, en milieu rural. L’identification des filles non excisées, pour assurer leur protection, et les affiches l’ont été surtout en milieu urbain.

Les préfectures de Kankan, Labé, Télimélé, Kouroussa, Guéckédou et Kissidougou semblent être celles dans lesquelles il y a eu plus de pluralité de stratégies développées. C’est aussi dans ces préfectures que la participation des populations a semblé être la plus significative, surtout pour celles qui vivent en milieu rural.

Enfin, on peut dire que les concepteurs de ces différentes stratégies semblent s’appuyer sur des résultats de recherches réalisées à un moment donné, dans un contexte donné avec une validité limitée dans le temps et l’espace. Malheureusement et dans la plupart des cas en Guinée, il est possible de dire, à partir de la synthèse des stratégies observées et évaluées à partir des sondés, que plusieurs des intervenants et des acteurs de terrain locaux ne font pas la distinction entre la philosophie et les implications des différentes stratégies.

Étant donné que ces stratégies découlent d’études et proposent des actions pour surmonter une contrainte rencontrée, il aurait fallu que l’expérimentation de chacune d’elle soit précédée par des études pour vérifier la conformité entre le modèle théorique et la réalité socio-anthropologique.

Même si le choix de ces stratégies dans chaque localité de la Guinée découle de recherches socio-anthropologiques, on est en droit d’être étonné du faible renouvellement de la recherche après la mise en œuvre desdites stratégies. Par exemple, les données collectées indiquent très clairement que les sondés ne croient pas à la durabilité des engagements, longtemps après les déclarations publiques d’abandon de l’excision. On sait aussi que les rites alternatifs ne sont pas figés, qu’ils sont dynamiques même si l’œil extérieur a l’impression qu’ils restent les mêmes dans le temps. De même, le déplacement de l’âge de l’excision, surtout en milieu urbain, met en cause les rites eux-mêmes. Enfin, dans le cas de la Guinée, des doutes sont permis eu égard à la pluralité des stratégies développées et la pluralité des intervenants dans certaines préfectures.

Dans tous les cas, après plus d’une trentaine d’années de stratégies avec de maigres résultats, il est temps d’expérimenter à petite échelle une stratégie, documenter les résultats avant de généraliser son utilisation.

Il faut aussi prendre en compte les avis de plusieurs chercheurs qui font valoir la nécessité d’inscrire un processus de recherche dynamique pour accompagner la mise en œuvre des stratégies sur le terrain à travers quatre étapes :

  • Réaliser des recherches de base (quantitatives et qualitatives) ;
  • Intégrer le suivi dans le processus de mise en œuvre ;
  • Gagner des nouvelles informations par le biais des recherches opérationnelles ;
  • Réaliser une évaluation en bonne et due forme basée sur des indicateurs de référence.

 

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Liste des sigles et abréviations

 

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