Le NON de la Guinée (1958)


Le 28 septembre 1958, la Guinée a voté non à 94 % au referendum portant sur la communauté franco-africaine imaginée par Charles de Gaulle. Ce vote a frappé comme un coup de tonnerre dans le ciel du colonialisme français.

Il a mis fin au processus de décolonisation francophone en faisant démarrer plus vite que prévue l’indépendance définitive des colonies françaises d’Afrique occidentale et équatoriale. Dès le vote acquis, s’est construit le mythe de la figure de Sékou Touré, dont le rôle a d’emblée été considéré comme déterminant dans la fondation de la nation guinéenne. Les dix auteurs ayant collaboré à cette étude (qui fait suite à un colloque sur le même thème) interrogent d’abord le moment même du non ; ils démontrent la complexité de la genèse et des formes de mobilisation qui y conduisirent (Ismaïl Barry et Abdoulaye Diallo). Ils analysent ensuite les différents regards portés sur l’événement, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, au fil des revendications et des résistances ultérieures. Cela aboutit à une réflexion sur les rapports entre histoire et mémoire au travers des variantes successives des célébrations de l’événement, révélateur des multiples variations entre le passé et le présent : le point d’aboutissement — placé intelligemment au début de l’ouvrage — étant le fiasco de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance (2 octobre 2008) analysé avec esprit par Mike McGovern (Yale University).

La cohérence de l’ouvrage est garantie par une solide introduction générale d’Odile Goerg, et alterne de façon vivante aussi bien des analyses pointues (comme le rôle de la grande militante nationaliste Jeanne-Marie Cissé tirée de l’ombre par Pascale Barthélémy, l’analyse des illustrations de la presse guinéenne par Anne Hugon, ou le témoignage d’André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée), que des questions de fond. Parmi ces dernières, citons celle du lieu de mémoire national (Céline Pauthier), de l’unité nationale (Bernard Charles), ou des aléas de la décolonisation culturelle (Brieux van de Wiele). Le tout est accompagné d’une solide bibliographie de dix pages complétée par des éléments de filmographie et de discographie, et d’une série limitée d’annexes remarquablement choisies (poèmes, discours d’hommes politiques, caricatures et photographies de commémorations entre 1960 et 2009). Il s’agit d’un livre dense, clair, utile, sur un sujet jusqu’alors mal connu.

Analyses et comptes rendus de Catherine Coquery-Vidrovitch

Référence

Goerg, Odile, Pauthier, Céline & Diallo, Abdoulaye (dir.) — Le NON de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines. Paris, Laboratoire Sedet (Université Paris-Diderot), L’Harmattan (« Cahier Afrique, 25 »), 2010, 210 p., bibl.

Droits d’auteur © Cahiers d’Études africaines.

Photo d’illustration choisie par la rédaction de afriquesociologie.com